Les histoires d'Elise

C'est désormais ici que l'on peut lire la suite de l'histoire des Orlithe, qui réalisent le Legacy challenge

03 novembre 2005

A la conquête de Ruatho, le début

Cette histoire est celle de Moreta Orlithe et sa descendance. L'histoire est née par hasard : j'avais très envie de faire un legacy, et je me suis aperçue que c'était plus sympa de partager avec la comunauté sim que de faire son truc dans son coin. Alors, j'ai commencé à écrire, et voilà...
Je vous livre l'histoire telle qu'elle a été écrite, mais je vous assure, que le début, ça me démange de le retoucher et de l'écrire. De toute façon, je n'aurais pas suffisamment de photos, alors...

L'histoire a vu le jour sur le site officiel des sims. Ainsi que je l'ai en projet depuis un certain temps, la voilà qui vient se mettre en ligne ici.
NB : les photo du début sont petites et pas toujours de bonne qualité. Désolé, je n'ai pas compris tout de suite comment on réglait la taille des photo et l'ordi sur lequel j'ai commencé avait une configuration un peu faiblarde, donc je mettais les options graphiques au minimum.


Bonne lecture

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sommaire

J'ai voulu faire ce sommaire pour les courageux qui voudraient lire tout le début. C'est quand même plus simple avec quelques balises dans le texte. Mais, assez curieusement, autant je peux faire plein de résumé de partie, autant le découpage de cette histoire s'est révélé difficile. J'ai commencé par découper par héritier, mais ça ne me satisfaisait pas : les parties étaient énormes. J'ai donc récemment renoncé à faire de belles parties de même longueur, et j'ai alors pu découper correctement le texte. Pardonnez-moi pour ces longueurs inégales, mais c'est tout ce que j'ai pu faire de mieux.

Arrivée à Ruatho
En route vers le succès
Fin d'une histoire, début d'un amour
Complots et trahisons
Plans de bataille et bataille
La troisième génération
Frasques de Lessa et Sebell
Le chantage de Sebell - Sauvetage de l'Orlithe C.
Les ennuis de Sebell
Révolte, mariage, sucession

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21 mars 2006

Arrivée à Ruatho

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Je m'appelle Moreta. Moreta Orlithe. Depuis ma tombe où je gis désormais, je vais vous raconter une très longue histoire. L'histoire de ma famille… Ma famille, que dis-je ? De mon clan ! De la force que j'ai implanté à Ruatho en m'y installant, fécondant cette vallée stérile de ma descendance…
Quand je suis arrivée à Ruatho, j'avais, quoi ? 22 ans, je crois, et une plus solide expérience de la vie que n'en laisse présager ce joli minois de blonde. Mon père, Jommy Cross avait construit un empire financier dans une ville maintenant très éloignée de moi… Il était tellement occupé à gagner toujours plus d'argent qu'il en a négligé ma mère, Lili Orlithe, l'essentiel de sa vie, trouvant juste le temps de lui faire une fille, et encore…
Quand est venue ma majorité, ma maman, la pauvre Lili, n'était plus de ce monde, rongée par l'amertume d'avoir passé son existence dans l'ombre de ce grand homme qu'elle avait tellement aimé, il y a si longtemps.

Un jour, Père est venu me trouver et m'a clairement signifié qu'en temps qu'unique héritière, il était temps que je prenne ma place à sa droite, et que j'apprenne le métier.
Une scène terrible a suivi cette annonce. J'ai pleuré de rage, j'ai crié, j'ai supplié… Rien à faire. Père est resté inflexible, emmuré dans son armure d'indifférence. Il se moque que je pleure encore maman. Il se moque de savoir si ça m'intéresse ou pas de faire ce que lui veut que je fasse.

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Ce soir là, je m'en suis aperçue : je suis une étrangère pour lui, seul mon lien de sang l'intéresse, pour placer quelqu'un à sa succession. Apparemment, il est très important pour lui que l'entreprise qu'il a fondée reste gérée par sa chair et son sang. Me sentant peu disposée à le satisfaire et à m'enchaîner pour la vie à cette entreprise cannibale qui m'avait volé tour à tour mon père et ma mère, j'ai fait mon baluchon et je suis partie.

J'ai bourlingué longtemps, j'ai fait de nombreuses choses différentes et rencontré beaucoup de monde. Mon voyage vient à peine de se terminer, à Ruatho, vallée quasi déserte, mais dont je n'ignorais pas l'existence ! En effet, maman possédait un bout de terrain, là-bas. A vrai dire, c'est même un sacré bout de terrain, maintenant que je le vois ! Il s'étend, là derrière moi, encore vierge de toute habitation.

Maman m'avait donné le titre de propriété il y a quelques années. Ces terres sont dans sa famille depuis longtemps, mais personne n'en a jamais rien fait. Et bien, je crois que je vais en faire quelque chose, moi ! Bien sur, j'ai peu d'argent en poche, 4800 simflouzes, c'est peu, mais je devrais pouvoir au moins me faire construire un toit sous lequel dormir.
Et surtout, accomplir la destinée de maman, en même temps que faire un sacré pied de nez à mon père (qui a récemment réussi à trouver un fils illégitime à former… Tiens donc, il avait quand même le temps de s'offrir des aventures!). J'ai repris le nom de maman, n'ayant que peu de choses en commun avec l'autre, et je compte bien répandre ce nom à Ruatho. Je compte bien aussi arriver à construire moi aussi un empire pour contrer Père… après tout, j'ai bien appris quelques ficelles du métier, en le voyant faire !!

 

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 Voilà, la cabane est finie, je suis prête à m'installer ! C'est frustre, mais ça ne me dérange pas. Après tout, se lever le matin et sentir ses doigts de pied chatouillés par des brins d'herbe, ça n'est pas donné à tout le monde !! Ça donne un côté très champêtre et je me suis persuadée que venant de la grande ville, c'était un véritable privilège !

J'ai réussi à trouver quelques meubles pas trop usagés dans le centre ville. Au passage, c'est à peu près tout ce qu'il y a ici : un ridicule petit centre-ville, avec quelques boutiques, et des autochtones… Tiens, à propos d'autochtones, on ne peut pas dire qu'ils soient farouches ! Hier soir, j'en avais 4 dans la maison… Tous en train de se battre pour aller aux toilettes, bien évidemment ! Misère, si seulement j'avais eu les sous pour faire un seul mur supplémentaire !! Mais maintenant, je n'ai plus que 30 $ en poche, pas moyen de faire la moindre dépense (heureusement, dans cette ville, lorsqu'on vous vend un frigo, il est déjà rempli… Etrange, mais pratique!). Il faut rapidement que je trouve un travail. Certes, il sera alimentaire mais bon, il faut bien commencer quelque part !

 

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J

'ai trouvé un boulot… et un ami ! Quel faste !
Pour le boulot, je suis agent de sécurité dans la supérette du coin… Bonjour tous les mecs qui passent en me reluquant !
Moi-même, je n'aurais pas dit que j'ai le profil de l'emploi, il faut des biscottos et… heu… des biscottos. Il va falloir faire un peu de gym, histoire de leur montrer que je suis capable de maîtriser un dangereux voleur de poulet surgelé… Et rabattre son caquet au directeur de la supérette qui ne m'a pas caché qu'il m'embauchait "faute d'autres candidat". Humpf !! Il arrivait à peine à cacher un rictus méprisant.
Pour l'ami, il s'appelle Florian et il a l'air de se sentir déjà parfaitement à l'aise chez moi. Regardez moi ça, je suis en train de partir au boulot et il est déjà en train de glandouiller sur le lit. J'avoue que je ne le trouve pas désagréable, ni physiquement ni rien, il est plutôt sympathique, mais ce petit côté sans gène me dérange un peu.

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Enfin seule ! Quand je suis revenue du boulot, Florian partait, mais il n'en a pas moins profité pour me faire de nombreuses avances, et tenter de mater lorsque je me suis changée pour faire un peu de sport (et oui, il faut garder la forme si on veut pouvoir courir après les voleurs de poulet surgelés !). Au moins, il n'a pas froid aux yeux celui-là !
J'avoue que mon caractère trouve du répondant chez lui, et ça me fait me sentir plutôt bien avec lui… Avant de partir, il m'a prise par les épaules et en a profité pour passer longuement sa main dans mes cheveux. Le prétexte était amical, mais je sais bien que cette longue tignasse blonde attire les hommes… Mais je ne dis pas que j'ai trouvé ça désagréable… Je dirais même que ça ne me dérangerait pas qu'il recommence. Non, ça, pas le moins du monde…

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Bon, comme on dit, emballé, c'est pesé ! Il a fallu à Florian de longs mois d'une cour assidue avant qu'il se passe quoi que ce soit. Son côté dragueur me déplaisait considérablement, même si, à côté, son charme ne me laissait pas insensible (mis à part son éternel bermuda à carreaux que j'ai fini par avoir en horreur). Maintenant que je raconte cette histoire, je pourrai résumer notre histoire à : il m'a eue à l'usure !

Mais pas sans mal pour lui car j'ai posé mes conditions ! Après m'avoir déclaré sa flamme, une seule chose comptait pour lui : le passage aux… hum… disons… "choses concrètes de la vie". Ça, pour sur, ceinture ! Je lui ai clairement dit qu'il n'aurait pas ce qu'il voulait avant qu'on soit au moins officialisés en tant que couple, et qu'il se soit installé chez moi. Car, pas question de quitter ma maison et mon terrain, malgré l'inconfort (temporaire de toute façon) et puis en plus, il habitait encore chez sa mère, alors… toutes considérations prises pour ma proposition, il s'est absenté 3 heures pour revenir poser ses valises sur mon perron.
J'ai aussi eu la bonne idée d'exiger de lui l'ouverture d'un compte commun où il a déposé toutes ses économies (12 000 $, ça rapporte d'habiter chez maman). Il a bien tordu le nez quand on a fait les papiers, se sentant de plus en plus la corde au cou, mais c'était ça où il me perdait. Et, je dois avouer que j'exerce une certaine attraction sur les hommes (c'est encore les cheveux, ça sûrement!)…

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Au début, on s'entendait très bien, même si je trouvais qu'il me demandait trop souvent de le rejoindre au lit et puis dans d'autres endroits incongrus, aussi… Emportés par la fougue de déménagement, et puis peut être par une très vague envie de la part de Florian d'avoir un chez-lui comme avant chez maman, on s'est fiancés, puis mariés. Rétrospectivement, je dirai qu'il s'en est mordu les doigts, il avait troqué sa liberté contre un foyer dans lequel je faisais le minimum. J'avais intégré l'école des officiers depuis peu, et cette formation me prenait la majorité de mon temps libre.
Et puis la vie a pris son train-train et la lassitude s'est installée à une vitesse fulgurante.
Lui était cuisinier, (mais n'en préparait pas pour autant les repas à la maison, bien sûr) et n'avais guère d'ambition. C'est moi qui ai du le pousser, le tirer pour qu'il monte en grade, et encore, quand je le collais au télescope pour qu'il travaille un peu son esprit logique (faut bien ça pour faire cuistôt), dès que je tournais le dos, il ôtait son œil de l'objectif et regardait autour de lui d'un air particulièrement maussade. Le reste du temps, quand il n'était pas au travail et que j'en avais marre de le pousser à bosser, il restait devant la télé en marcel et caleçon (beuh, nous voilà bien loin de sa cour, certes sans finesse, mais au moins ardente, des premiers temps). Et le peu de discussion qu'on avait tournait autour du fait de savoir si j'étais disposée ou non à satisfaire à ses envies…

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Et comme je sais quand même ce que je veux, c'est arrivé (bien sur, Florian n'était pas au courant, sinon, pensez,  il aurait probablement mis moins d'ardeur à sa participation à ce projet) : je suis enceinte. Certes, vous me direz, ça n'est peut être pas le bon moment dans ma vie, mais… c'est plus fort que moi. Je veux donner le jour à un être de mon sang, qui portera mon nom jusqu'à la prochaine génération (je ne vous ai pas parlé d'une condition supplémentaire que j'avais posé à Florian ? Il a du prendre mon nom en m'épousant. A bas les traditions !).
De toute façon, je patauge un peu dans mon école d'officier, j'ai la sensation que je n'y arrive pas, peut-être que quelques mois d'éloignement remettront les choses en place…
Et pour ce qui est de mon couple… Je suis sure que Florian a des aventures a droite à gauche, même si je n'en ai aucune preuve. En plus, il ne sait pas trop de quel bord il est, il ramène où Abdel ou Irène à la maison. C'est dingue ce que ces gens sont fatigués, je les trouve systématiquement dans le lit quand je rentre du boulot, avec Florian qui traîne en caleçon dans la cuisine en essayant de dissimuler son air béat. Mais ça m'importe peu. Le futur amour de ma vie, c'est mon enfant à naître.

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Florian n'était pas encore au courant, pour notre enfant. Je l'ai gentiment appelé, fait installer sur le lit, l'air de dire "on va faire un câlin" et puis je lui ai tout déballé. Il a le droit d'être au courant, et de toute façon, il s'en apercevra forcément. Je ne peux pas dire que ça se soit bien passé… il a fini par se lever et par faire les 100 pas dans la chambre, tempêtant contre "ces bonnes femmes qui n'en font qu'à leur tête". Il a dit des mots très durs, m'a demandé si j'estimais que je ne l'avais pas suffisamment enchaîné, qu'il fallait que je rajoute par dessus ça la paternité. Il en a d'ailleurs émis des doutes sur l'identité du père, m'accusant de toutes sortes de coucheries diverses avec tout le voisinage.
Cette dispute a, je crois, marqué le point final de notre mariage. Du moins, de mon côté. Lui, allez savoir pourquoi, puisqu'il aurait été si bien libre, a tenté plusieurs fois de recoller les morceaux. Mais ça n'a pas fonctionné. Juste assez pour que je consente à partager son lit, et ça, seulement pour dormir. J'étais blessée par ces accusations infondées, d'autant que moi, je le soupçonnais, lui, d'infidélité.
Malgré tout, nous ne nous sommes pas séparés. Pour le reste, nous étions un couple qui fonctionnait, dans la vie. Des amis, de l'argent qui rentrait régulièrement, oh, pas des cent et des milles, mais suffisamment pour qu'on agrandisse petit à petit la maison.

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Une maison qui s'agrandissait, mais le nettoyage était toujours pour moi ! Ce soir là, je m'en souviens encore, je ruminais de très sombres pensées. Je lui en voulais énormément de me laisser entretenir la maison sans lever le petit doigt, alors que j'étais enceinte jusqu'aux yeux ! Mais quand je lui avais fait la remarque plus tôt dans la soirée que la salle de bain était crade, ainsi que la cuisine, que notre chambre était en bazar et que la chambre du petit, récemment construite, était encore pleine de plâtre et de copeaux de tapisserie, il m'avait répondu d'un ton acide que puisque j'avais voulu cet enfant, il fallait que j'assume jusqu'au bout. Il n'allait pas nettoyer plus qu'avant sous prétexte que je m'essoufflais facilement.
J'ai honte de ces pensées et de ces projets qui m'ont traversé l'esprit, mais la rage m'habitait tandis que je récurais la douche. J'imaginais mille façon de le faire souffrir, ou de la faire disparaître da ma vie, étant donné qu'il n'était plus qu'un poids pour moi. Mais bien sur, je n'ai rien fait. On ne se débarrasse pas des gens comme ça malheureusement. Et puis il pouvait m'être utile, car il briguait actuellement un poste qui lui permettrait de nous ramener à la maison une machine industrielle à chocolat, machine qui nous arrondirait confortablement les fins de mois.

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Ma grossesse ne s'est donc pas passée sans mal. Florian et moi étions désespérément en froid… Je ne voulais même plus partager son lit et lui, en mufle qu'il a toujours été sous ses airs charmeurs, m'a dit : "Le lit, c'est comme pour le ménage. Tu crois quand même pas que je vais dormir dans le canapé sous prétexte que Madame ne supporte pas ma présence à côté d'elle ? Moi, je dors dans le lit, et toi, tu fais bien ce que tu veux".
Ça a au moins l'unique mérite d'être clair. J'ai donc passé de nombreuses nuits à essayer de dormir sur ce canapé. Et j'ai fini par aboutir à la conclusion que j'aurais du choisir un convertible. La plupart du temps, j'essayais de me retenir de ne pas glisser, pour ne pas finir par terre. Et allez faire ça avec un ventre de femme enceinte de plus de 7 mois ! J'étais épuisée, même en plein congé maternité… J'ai donc fini par ravaler mon orgueil et rejoindre Florian au lit. Mais il ne l'emportera pas au paradis, foi d'Orlithe !

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Et voilà… Après 12 heures en salle de travail (Florian avait fini par m'emmener à la maternité de mauvaise grâce, mais je crois que mes hurlements de douleur lui avaient fait peur. Comment aurait-il expliqué la présence d'un cadavre dans notre maison?), Robinton a rejoint notre famille… Aahh, mon fils premier né. Quel bonheur ! Il porte mon nom et le transmettra à travers les âges. En plus, il a mes yeux légèrement en amande, aucun doute, il s'agit donc bien d'un Orlithe.
Lorsque nous sommes rentrés de la maternité, j'ai eu comme la sensation que Florian perdait un tout petit peu les pédales. Pas de doute, lorsque j'étais absente, monsieur avait du bien en profiter pour faire des galipettes avec tous ses collègues qu'il nous ramenait du travail. Il avait pris de l'argent sans m'en parler pour faire construire une cabane dans la jardin, fermée à clé, mais que je suspectais être sa garçonnière. Voulait-il me tester, me forcer à partir en lui laissant tout ce que nous avions construit jusqu'ici ? Il amenait maintenant ses amants et maîtresses sans aucune vergogne sous mon nez, allant s'enfermer avec eux dans son cabanon.
Peu m'importait, j'avais Robinton, et mon amour pour Florian s'était fait la malle depuis belle lurette ! Et en plus, j'avais Jacques… Je ne vous ai pas parlé de Jacques ?

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Jacques est venu à mon retour de la maternité. Florian avait tellement délaissé la maison durant mon séjour (j'avais renvoyé la bonne, ne voulant quand même pas lui laisser des tentations sous le nez) qu'elle était pleine de cafards. Beuark ! C'est pas bon pour mon bébé ni pour moi, ça ! Alors j'appelle la mairie et la secrétaire me dirige vers une entreprise de désinsectisation locale, que j'ai fait venir.
C'est là que j'ai connu Jacques. Il est venu nettoyer ma maison de mes cafards, et je ne pouvais détacher mes yeux de lui. Là aussi, je me suis fais prendre au piège, mais cette fois par l'amour, l'honnêteté et la gentillesse. Car c'est tout ça mon Jacques.
Je ne suis pas partisane de tromper mon mari pour le punir de m'avoir trompée, aussi, lorsque mes lèvres et celles de Jacques se sont frôlées la première fois, c'était uniquement par amour. Car je crois que je peux l'avouer. Je suis désormais amoureuse de Jacques…

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Notre liaison a duré longtemps, s'enrichissant avec le temps. Florian se moquait totalement de l'éducation de Robinton et continuait à courir les jupons (et les caleçons également…). Jacques s'est mis à faire de plus en plus en plus partie de notre vie. Il était là aux anniversaires, pour toutes sortes d'événement heureux, et faisait partie intégrante de l'environnement de Robinton. Il aimait mon fils, aussi, comme si c'était le sien, et je crois bien que Robinton l'appréciait aussi, si je dois en croire le nombre de "Zac ? où Zac ? Veux Zac !!" que j'ai entendu en élevant mon fils.
Bien évidemment, Florian a fini par comprendre, au bout d'un certain temps, que je vivais une aventure avec Jacques. Lui-même continuait à coucher à tout va, mais subitement, il a pris conscience que je ne lui étais plus fidèle. Et là, incroyable mais vrai, le drame !

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Florian m'a trouvé blottie dans les bras de Jacques un jour qu'il rentrait du boulot un peu plus tôt. Je l'avais moi même surpris l'avant veille une fois de plus avec Abdel, mais sans doute blasée par l'habitude, je n'avais rien dit de spécial. Mais, Florian, lui, a réagi de façon incroyablement violente. Il a pleuré, m'a supplié de laisser tomber Jacques, m'a dit des choses que je trouvais invraisemblables : il ne pouvait pas vivre sans moi, il m'aimait désespérément…
C'était à n'y rien comprendre ! Cet homme me faisait cocue depuis des années avec tout ce qui lui passait sous la main (hum!), mais ne supportait pas la réciproque ! Je suis bien d'accord que ça n'avait rien de moral, mais je ne comprenais pas la raison d'une telle scène. Après tout, pour moi, la passion du début s'était éteinte il y longtemps.
Et au milieu de ses explications entrecoupées de sanglots : j'ai fini par comprendre. Florian était un authentique cœur d'artichaut. Certes, il avait beaucoup d'amant, mais il les aimait tous. Et il m'aimait toujours moi… Quelle révélation ce fut ! Par la suite, j'ai un peu moins vu Jacques et Florian a tout fait pour recoller les morceaux entre nous. Je dois avouer qu'il m'a même surprise, avec toutes ces attentions… Tellement que je me suis laissé aller, et que nous allons avoir un deuxième bébé… Une petite fille qu'on pourrait probablement qualifier d'enfant de l'amour…

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Cette grossesse s'est beaucoup mieux passée que la première, Florian était beaucoup plus présent qu'avant. La "crise Jacques" avait remué un certain nombre de choses dans notre vie. Déjà, Florian avait fini ce livre de recettes asiatiques qu'il avait commencé il y a plusieurs années. L'inspiration lui était revenue, m'a-t-il dit… Quel personnage étrange tout de même. En tout cas, la vente de son livre nous a rapporté beaucoup d'argent. Ça, plus les primes que je gagnais en enchaînant les promotions (j'étais désormais affectée au service des douanes, mais je préparais assidûment le concours interne pour passer inspectrice), ça nous a permis de faire agrandir la maison. J'ai l'impression que depuis que je suis arrivée à Ruatho, nous ne sommes jamais sortis des plâtres ! L'extérieur n'a jamais été fini, Florian et moi ne sommes pas d'accord sur crépis ou briques, mais l'intérieur a subi de grandes améliorations ! Un grand séjour, une cuisine à part, DEUX salles de bain (grand luxe), notre chambre, la chambre de Robinton qu'il pourra partager avec sa sœur lorsqu'elle sera plus grande et une chambre d'amie qui ne va pas tarder à servir de pouponnière.

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Alors que je vis les deniers jours de ma grossesse dans un calme conjugal relatif, je m'aperçois avec tristesse du temps qui avance inexorablement. Mon petit bébé est déjà un petit garçon qui ne va pas tarder à faire son entrée au CP. Il parle, parle, parle sans arrêt, me racontant tous ses rêves de petit garçon. Et dieu sait qu'il en a ! Il veut faire tour à tour astronaute, rock star, X-men (bien que je lui ai expliqué qu'il ne s'agissait que d'un film… il veut à tout prix un pouvoir spécial et le réclame sans cesse à sa maman… ah, les joies d'être mère !!).
En ce qui me concerne, le temps, je l'ai arrêté. J'ai mis des sous de côté, discrètement, sur un compte personnel (oh, ne critiquez pas, je suis presque sure que Florian en fait autant… il nous a ramené un jour un jacuzzi Fol'amour, prétextant un destockage massif, mais je n'ai jamais réussi à trouver la facture dans notre compte commun), et je me suis acheté une potion rajeunissante. Bon, d'accord, au début, je n'y croyais pas, je pensais à une arnaque. Mais le fait est qu'à plus de 30 ans, je parais toujours en avoir 20…
Florian, lui, n'en profite pas. Je l'ai planqué dans la chambre du bébé, il n'y va jamais ! Et sur lui, on commence à le sentir, le poids des années. Il était déjà plus vieux que moi quand je l'ai rencontré, laissez moi vous dire que c'est une chose qui ne s'arrange pas avec le temps… Finalement, je l'aurai à l'usure, moi aussi, mon poids mort ! Pourvu qu'il me ramène sa machine à chocolat avant de claquer, je ne demande pas mieux !

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Bonjour Lessa ! Je vous présente ma petite fille, ma perle, mon ange, mon bonheur, Lessa ! L'accouchement a été moins pénible que le premier, je me sens à nouveau en pleine forme. Si ce n'était Florian… Celui-là ! Il s'amuse bien avec mon cœur ! A peine je lui pardonne et qu'on retrouve un semblant de vie conjugale, le voilà qui repart dans tout ses travers ! Il n'est venu me voir qu'une seule fois à la maternité, et manifeste autant d'intérêt pour Lessa qu'il n'en manifestait pour Robinton, c'est à dire zéro ! Mon dieu, le nombre de fois que cet homme a manqué me faire tourner en bourrique !
Alors, forcément, c'est Jacques qui m'a soutenue, qui m'a apporté des fleurs… ça a bien failli se terminer entre nous, lorsque je lui ai annoncé que j'étais enceinte de Florian. Il m'en a voulu horriblement, l'idée qu'un autre homme me touche le révulsait. Mais je lui ai expliqué les circonstances, la difficulté de faire front toute seule à tous ces problèmes, la famille que nous avions construite… Il a fini par se faire à l'idée. Et puis je crois qu'il est secrètement persuadé d'être le père de Lessa. Oh, il ne me l'a pas dit, bien, sur, mais, certains signe me laissent penser que… sa façon se scruter le visage de Lessa, pour y retrouver des traits caractéristiques, par exemple… De toute façon, il a beau scruter, je ne pense pas qu'il y voit quelque chose : la petite est blonde aux yeux bleus, c'est mon portrait craché !

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Aujourd'hui, j'ai eu une longue discussion avec Robinton. Il est très malin, et s'aperçoit bien de ce qui se passe entre ses parents. Il grandit et, Florian trouve enfin un peu d'intérêt à sa progéniture, alors ils discutent pas mal. Florian a voulut également l'utiliser comme alibi pour cacher ses absences avec ses amants et maîtresses. Ça, ça m'a mise en colère ! Robinton est resté beaucoup plus calme, on en a parlé à cœur ouvert car il sait que je n'ignore pas les tromperies de son père, il m'a dit qu'il avait refusé tout net et qu'il ne souhaitait pas s'immiscer dans notre vie personnelle. Ça, à mon avis, ça compte aussi pour moi si jamais me venait l'idée de lui demander avec qui est son père. Quelle maturité chez cet enfant ! Il faut dire qu'on n'a pas lésiné sur les jouets éducatifs !!
Il m'a ensuite longuement interrogée sur mon arrivée ici et sur ma famille, qu'il ne connaît pas du tout. Il voulait savoir comment j'ai atterri ici. Et devant une telle maturité, je lui aie tout raconté.
Après ça, il est resté pensif quelques jours. Il a fini par venir me voir en me disant :
-Dis donc, maman, lors de ta dernière saisie douanière, il me semble bien que tu as plus ou moins couvert un gros agent immobilier qui faisait de la contrebande de costume de mascotte des Lamas.
- Oui, si on veut. Disons que j'ai été la seule à croire à son innocence, donc j'ai allégé les charges autant que j'ai pu dans le rapport.
- Moui… Je pense que ça veut dire que cet homme là te doit un retour d'ascenseur, maman…
Et Robinton me laisse là, pantoise, me demandant comment j'ai fait pour avoir un fils aussi doué…

En route vers le succès

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Paf, ni une ni deux, je saute sur l'ordi pour contacter cet homme là, pendant que la nounou harcèle Florian pour qu'il bouge un peu du canapé où il semble particulièrement se plaire ces derniers temps. Il ne faudra pas qu'il s'étonne de la brioche qui vient de lui pousser sur le ventre, celui-là…
Bref, je contacte M. Gray, mon fameux fraudeur. En réalité, il s'agit d'un très important promoteur immobilier, qui s'occupe à peu près de toute la région. Tu m'étonnes que je lui ai laissé sa chance, au contrôle des douanes : il ouvrait des yeux plus grands que moi lorsqu'on a trouvé les costume de mascottes des Lamas cachés dans la garniture de son coffre de voiture !
Je lui explique mon projet. Faire carrière dans la police ne m'intéresse pas, ce que je veux, c'est fonder mon entreprise.
Bien sur, le brave homme ne cache pas son désir de m'aider, en guise de remerciements. Malheureusement, il n'a pas le bras assez long pour me faire décrocher le crédit faramineux qui me permettrait d'acheter divers stock-option et autres actions boursières qui me ferait démarrer. Par contre, il avait une autre piste :
- Moreta, je connais une entreprise du coin qui commence à monter. Ils fabriquent en chaînes les maillots de l'équipe des Tortues, les concurrents des Lamas (- quelle ironie ! -). Ils auraient un poste de libre pour distribuer le courrier interne. C'est le bas de l'échelle, certes, mais si vous connaissez les ficelles du métier, vous aurez vite fait de prendre la tête de la boîte.
- Ça me paraît une bonne idée M. Gray, ça m'intéresse beaucoup…
- Par contre, sortez des douanes… Rejoignez la police "classique", je ne veux pas qu'on fasse le lien entre vous et moi, de n'importe quelle façon que ce soit. 

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Ça y est ! J'ai demandé il y a 6 mois ma mutation au service de police. Et ô surprise, elle a été accepté, et plus vite que je ne le pensais ! Je raconte tout ça à ma petite Lessa, pendant qu'elle bave consciencieusement sur mes boucles blondes (et les siennes au passage).
- Tu te rends compte ma petite chérie ? Maman a eu une semaine très chargée : réintégration de la police, et on ne m'a pas réintégré au bas de l'échelle, mais je suis inspectrice ! Enfin, je l'ai été durant deux jours, le temps de recevoir mon pistolet à empreinte (soigneusement rangé dans la garçonnière de Florian. J'ai trouvé la clé, et il sait qu'il ne doit pas toucher à mes affaires là bas s'il ne veut pas que le bulldozer passe sur son cher refuge) et puis j'ai démissionné dans la foulée. Bon, c'est sûr, ça ne leur a pas fait plaisir !! Ils ont eu comme une drôle de sensation au bureau quand j'ai annoncé ça."
Ma petite fille m'écoute de toutes ses oreilles et participe à ma joie :
- Ga heu bouh gouzi mo-man"
Brave petite, qui sait dire maman !
- Et oui mon ange, maman est libre maintenant, elle peut demander à M. Gray de la faire entrer dans l'entreprise (il a bien voulu bloquer l'admission à ce poste ces 6 derniers mois, dieu sait comment).

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J'en ai bien évidemment discuté avec Florian, vu qu'il va y avoir une modification de nos ressources. Je crois pouvoir résumer la discussion par "il se moque totalement de ma carrière professionnelle". Il me fait penser à mon père, d'une certaine façon.Tout ce que j'ai obtenu comme encouragement, ce sont des jérémiades à n'en plus finir sur la somme d'argent qui ne rentrera pas, sur son travail à lui qui est épuisant, sur les enfants qui sont infernaux, sur sa vie qu'il n'aime pas, sur Jacques… Oh là là nous y revoilà… Ce discours n'avait d'autre but que de l'amener à parler de Jacques.

- Mais entre les enfant, le boulot et t'obliger à bosser, je n'ai quasiment plus de temps pour le voir Jacques ! Si ça se trouve, il m'a oubliée depuis longtemps ! Alors cesse de t'inquiéter pour ça. Est-ce que je te demande des comptes, moi sur Abdel, ou Irène, ou encore toute l'équipe de marmiton que tu nous ramène chaque soir ?
Tant de morgue m'insupportait. On est reparti une fois de plus à se disputer sur nos amants respectifs, lui étant complètement obsédé par Abdel. C'est pas compliqué, chaque fois que je rentrais du boulot, Abdel ronflait paisiblement dans notre lit conjugal, et Florian n'était jamais bien loin, avec ce sempiternel air idiot plaqué sur le visage.
- Hé hé hé ! fit-il, l'air de ne pas avoir entendu la fin de ma tirade, "alors, on s'est fait plaquée par son chasseur de cafard ? Peuh, de toute façon, toute la maison puait l'insecticide à chaque fois qu'il est venu…"

MMMMMmmmmh, faut-il que j'en ai envie de cette machine à chocolat pour ne pas le foutre dehors !

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Humpf ! Grâce à Florian, ces premières semaines de boulot ne se passent pas du mieux possible… Je crois que je suis la risée de toute la ville ! Partout où je passe (et pensez, j'en vois des bureaux dans la journée en distribuant mon courrier), ce ne sont que regards apitoyés de femmes probablement autant trompées que moi-même, ricanements à peine cachés d'hommes se demandant s'ils ne pourraient pas m'aider à me venger et mépris de ceux qui pensent que je ne suis pas capable de garder un homme à la maison… Si seulement je le voulais encore !!! Mais j'ai surtout peur pour mon avancement, moi. De quoi j'ai l'air, on vient de me répéter les dernières frasques de Florian avec Abdel, en plein centre ville, sans aucune honte. Pendant que je dégustais une glace sur une terrasse, j'ai même entendu la vendeuse du petit magasin de fringues dire à un de ses collègues qu'ils s'étaient tranquillement envoyés en l'air dans une cabine d'essayage. En plus, ça avait l'air de beaucoup l'amuser de le murmurer juste assez fort pour que je l'entende. Non, là c'est trop ! Il faut que je trouve quelque chose pour le calmer car, sinon, adieu ma carrière. C'est que ça va vite les nouvelles dans cette petite ville !

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Non mais là, ça en devient réellement lassant. Je rentre du boulot et qu'est-ce que je vois ? Monsieur, sous prétexte de perdre la brioche récemment greffée sur son abdomen s'offre les services d'une prof de sport particulière. Je n'y crois pas ! Déjà, on n'en a pas vraiment les moyens, mais en plus, c'est pas du sport qu'il fait ! C'est de la drague ! Et, elle, tranquillement, se laisse faire, tout en me regardant rentrer dans la maison du coin de l'œil, sans doute pour s'assurer que je l'ai bien vue et vérifier que je ne vais pas débouler en trombe sur elle pour la rouer de coups.

Comme si c'était mon genre, je ne suis plus une gamine quand même. Bon, je réglerai tout ça plus tard, ce soir, je suis invitée par mon équipe au resto car, malgré tous les bruits qui courent sur mon couple, le directeur de la boite me trouve bien et m'a fait passer à un poste un peu meilleur. Mais il faut vraiment que je trouve une solution !

2510

Ouh, il semblerait que je n'ai pas besoin de chercher une solution très loin. Robinton a surpris son père en train de taquiner la gueuse dans le jardin alors que j'étais à mon repas d'affaire et il semblerait qu'il ait oublié sa sacro-sainte résolution d'enfance de ne pas se mêler des affaires de ses parents ! Il a envoyé son père s'occuper un peu de sa petite fille (qui ne jure que par lui... Lessa est folle de son père, je ne crois donc pas que je pourrai me séparer de lui, par amour pour elle) et a pris "la prof de sport" entre quatre zyeux, lui expliquant de façon ferme et définitive qu'il n'était pas question qu'elle tourne comme ça impunément autour de son père.
La demoiselle n'a pas demandé son reste, croyez moi ! C'est qu'il n'a pas l'air, mon Robinton, mais il n'est plus un gamin !

D'ailleurs, puisqu'on en discute, je trouve qu'il a bien changé mon petit garçon si affectueux. Oh, pas en mal bien sur, si je dois le choisir comme héritier de ma future grande entreprise (si si, j'y arriverai !!) ; il s'est durci et n'a plus qu'un mot à la bouche : pognon, pognon et pognon ! Je n'y tenais pas trop vu que je voulais privilégier l'école mais il a fallu qu'il prenne un petit boulot pur se payer les babioles qui lui font envie (et quand je dis babioles, c'est plutôt des tableaux de maîtres à 5000 simflouzes... On l'a bien aidé quelquefois, mais faut pas trop pousser quand même ! L'argent ne pousse pas sur les arbres après tout… Comment ça, si ?) 

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Il s'est durci, mon Robinton, mais pas avec sa sœur… Ils ont d'excellents rapports tous les deux, et mon cœur se gonfle de bonheur lorsque je les vois comme ça ensemble. Lessa partage donc sa vie entre "ses" deux hommes : son papa (qui s'en fiche comme d'une gigne, mais les yeux de l'enfance sont parfois naïfs… Dommage, j'aurais préféré qu'elle ait la clairvoyance de son frère au même age) et son grand frère. Je fais ce que je peux pour m'immiscer dans ce trio, mais je sens bien que, si elle m'apprécie, ce n'est pas la même chose…
Et puis, ils ont des projets communs, ces deux enfants ! Robinton a ajouté un second mot à son vocabulaire récurrent : "université". Si vous le voyiez, il est sans arrêt en train de faire tout un tas de choses pour obtenir des bourses d'études. Il a déjà la bourse des jeunes entrepreneurs (c'est décidément un futur chef d'entreprise, celui-là!), la bourse Ines Tetik, et une autre encore, la bourse Matuvu, je crois. Bon, c'est sur, je suis contente qu'il fasse des études que je n'ai jamais faîtes, mais il va devoir partir si loin… Mais je crois que rien ne l'empêchera d'y aller… Ni sa sœur d'ailleurs, à qui il parle d'une voix passionnée de ses projets d'avenir (qui comprennent MES projets, j'espère bien !) et qui l'écoute avec toute l'adoration qu'une petite fille peut mettre dans ses yeux. 

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Par contre, je vous avouerais que je me suis fait du souci pour ses amours. A cet age là, normalement, on ne pense pas qu'au boulot et aux études, on a aussi les hormones en ébullition et on tourne autour de tous les jupons. Il faut croire qu'il ne tient pas de son père, pour ça ! Au moment où je commençais réellement à désespérer et à tenter de me faire à l'idée que mon fils préférait les garçons, le voilà qui nous ramène une fille à la maison ! Est-ce que, comme me l'a gentiment souligné Lessa, qui aborde elle aussi l'age difficile avec tout le piquant dont en est capable une fille, ça n'aurait pas un rapport avec "mes regards humides dirigés sur Robinton lors de mes incessantes allusions à ma future descendance" ? Je n'en sais rien, je ne saurais y répondre. J'essaie de ne pas écouter la petite voix perfide (si si, quand elle veut, elle sait très bien le faire, sous ses airs innocents !) de Lessa me signalant combien cette féminine apparition est arrivée juste à temps avant que je ne sanglote ouvertement aux repas du soir…
Humpf… De toute façon, à mon avis, ils ont plus l'air de comploter tous les deux que d'essayer de se bécoter ! On verra bien qui a raison !

Fin d'une histoire, début d'un amour

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Enfer et damnation ! Ma pauvre petite Lessa ! Moi qui ait osé parler méchamment d'elle ! Elle est effondrée, et moi aussi, mais plus par surprise et pour elle ! Un soir, alors que Florian rentrait du boulot en nous ramenant LA machine à chocolat qui m'avait fait espérer si longtemps, une voiture s'arrête brutalement devant la maison et un individu masqué en sort. Et là, sous mes yeux ébahis, il lui plonge une lame de couteau (me sembla-t-il, mais mon effroi était si grand que ça aurait aussi bien pu être des ciseaux ou un poulet en caoutchouc, je n'aurais pas fait la différence) dans le corps, le laisse sans vie sur la pelouse et disparaît à toute allure dans sa voiture. Entendant mes cris alarmés (ben quoi, y'avait quand même un tueur en liberté peut-être encore dans les parages !), Robinton se précipite hors de la maison et assiste lui aussi aux derniers instants de son père. Rapidement, il prend tout en charge, appelle les secours qui arrivent mais ne peuvent que constater la mort de mon mari, s'assure que Lessa dort toujours (pauvre petite, elle dormait le temps du drame, mais le réveil fut très douloureux et a nécessité une petite piqûre des pompiers), et me serre dans ses bras pour me consoler. Oh, non pas que j'ai vraiment besoin d'être consolée, mais ça m'a un peu choquée quand même, d'être témoin de ce meurtre, mais pas autant que ma petite fille… Robinton prend particulièrement soin d'elle mais… il y a un je-ne-sais-quoi qui me dérange. La lueur moqueuse dans ses yeux lorsque son père est mort ? La lueur glaciale de colère lorsque je lui ai expliqué que j'avais tout vu ? Je préfère ne pas trop me poser de question… Il y a des réponses qui ne me plairaient certainement pas.

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Mais la vie a continué, toujours gagnante de toutes les épreuves. Moi, j'avoue que je m'en suis remise plutôt vite. La police a enquêté et a fini par prouver que le meurtrier était un sombre malfrat surnommé Max Dunkey. Il semblerait que le meurtre ait été commandité, mais la personne qui a payé a suffisamment brouillé les pistes pour qu'il soit impossible à retrouver. Si vous vous posez la question, comme, je l'avoue, je me la suis posée, non, Robinton n'a jamais été inquiété. J'ai préféré ne pas pousser l'interrogatoire à la maison, comme je l'ai dit, certaines réponses me font peur, surtout lorsque je l'entends tempêter à voix basse dans son portable sur le fait "qu'elle n'aurait pas du tout voir". Je me suis sentie indiscrète et n'ai pas écouté plus. Après tout, il peut parler d'autre chose, n'est-ce pas ?
Lessa, a eu du mal à s'en remettre. Ayant entendu parler d'un instrument qui ferait revivre les morts (le même fabricant que l'élixir de longue vie, je crois… En voilà un qui a rondement mené sa barque !), elle n'a eu de cesse d'espérer faire revivre son père. En grandissant, ça lui a passé, mais, maintenant, elle veut de toute force voir le fantôme de son père. Pour "lui dire ce qu'elle n'a pas eu le temps de lui dire", ou quelque chose comme ça… Comme si ça l'intéresserait, Florian !
Quant à moi, je suis ravie ! Jacques m'a invité dans un restaurant très chic d'une ville voisine, et m'a fait sa demande officiellement, de façon particulièrement romantique… On va se marier !

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Mais, pas de précipitation ! Avant ce mariage, je veux que notre "nouvelle" famille s'entende ! Comme je l'ai déjà dit, Robinton et Jacques, c'est l'entente cordiale. Je crois que de toute façon, il considère plus Jacques comme son père que Florian, alors, pas de problème !
Pour Lessa, c'est plus difficile. Le décès de son cher papa ne l'a pas cueillie au meilleur moment de son existence… Elle est devenue une jeune fille taciturne et renfermée, plus prompte à ouvrir un bouquin qu'à discuter avec quelqu'un. Il n'y a qu'avec son grand frère… Lui, c'est l'idole, le héros… Je préfère ne pas imaginer que mes soupçons soient fondés car sinon, comme on dit, le loup est dans la bergerie.
Donc autant dire que ses rapports avec moi sont épisodiques, mis à part pour faire des commentaires. Alors là, y'a du monde : "maman, tu crois pas que ta tignasse blonde, c'est plus pour les femmes de ton age", "maman, je ne veux pas te vexer, mais ta jupe me paraît vraiment très courte". Humpf… J'aime mes enfants, alors je ne dirai rien, mais, y'a des jours où je trouve ça dur d'être la maman d'une adolescente endeuillée. J'en discute avec Jacques, mais lui n'a aucune prise sur elle. Je crois que, par respect pour moi, elle ne provoque pas de crise, mais je peux dire sans me tromper que Jacques ne sera jamais grand chose de plus pour elle que le désinsectiseur puant que détestait son père.

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En tout cas, si ma fille ne l'aime pas vraiment, elle ne crache pas sur ses simflouzes ! Elle arrive même un peu à se rapprocher de lui car, sous ses odeurs chimiques d'insecticide, nous avons découvert quelqu'un de très érudit, qui se cantonnait à un travail "alimentaire" jusqu'à trouver la femme qui porterait ses enfants… Il a des doigts de fées (je confirme !) et ses patrons l'adorent. En arrivant chez nous, il a opté pour un métier scientifique et a ramené à la maison une station de biotechnologie pour avancer ses recherches. Récemment, il s'en est lassé (mais on a gardé la station ! On sait jamais, ça peut servir !) et étrangement, le voilà qui se lance dans la vie politique de la ville, se présentant comme conseiller municipal et construisant dans le jardin un drôle de pupitre… Je ne vais pas m'en plaindre, je le laisse faire, comme je l'ai dit, ses patrons l'adorent et lui filent des primes à tour de bras. Et laissez moi vous dire que Robinton ne s'en plaint pas non plus, et nous réclame de plus en plus d'œuvres d'arts. A se demander s'il veut ouvrir un musée !
Mais, on en a discuté, de toute façon, c'est la maison qui prime. On a rajouté une aile de chaque côté, l'une sert de salle à la manger, l'autre, on ne savait pas quoi en faire. Alors, Robinton et Lessa l'ont investie pour "faire un groupe de musique". Oh, je dis pas, avec une guitare, ils sont bien partis, il faudra juste qu'ils se dégotent autre chose, peut-être !

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Ta ta ta da, ta ta ta da ! Le grand et beau jour est arrivé ! Jacques et moi avons échangé nos vœux dans l'intimité de la famille. Cette fois, j'en suis assurée, et le mariage a été mûrement réfléchi : c'est pour la vie, et c'est le bon !
Ah, j'ai presque honte d'être si heureuse ! Mes enfants, mon époux, oh, comme ce mot sonne bien ! Le jour de mon mariage, j'en avais la certitude, j'étais enceinte de deux mois de mon fringuant époux. Il le savait déjà et nous avons commencé cette grossesse avec tranquillité et assurance. Mais, curieusement, cette grossesse se révéla particulièrement difficile.
Le médecin que nous avons consulté nous a assuré que le bébé se portait bien mais que la maman n'était plus toute jeune. Humpf ! Quand même ! Je n'affichais même pas biologiquement mon âge grâce à l'élixir longue vie. Mais le médecin a recommandé repos, repos, repos.

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Ce que j'ai du faire… dans une clinique ! Dès le septième mois, il m'a été interdit de me lever, devant impérativement garder le lit si je voulais garder mon enfant. Et bien sur que je voulais garder cet enfant de l'amour. Jacques, de toute façon, très désireux de fonder sa famille, tenait autant que moi à cet enfant, et m'a imposé ce séjour en clinique.
Oh, je dois dire que les journées furent bien longues ! Jacques était très pris par son travail et s'interdisait de venir me fatiguer trop souvent. Comme il avait étendu l'interdiction à Robinton et Lessa, autant dire que je n'ai pas eu souvent de visite !
Mis à part le jour de l'accouchement, bien sûr ! Dès que le travail a commencé, ils ont rappliqué tous les trois pour m'encourager. Et à mon grand désespoir, je n'ai pas pu rentrer tout de suite à la maison. Notre cher petit garçon nouvellement né, Sebell, avait hérité d'une santé fragile à cause de ma grossesse difficile, et les médecins préféraient le garder en observations quelques temps.
Ces quelques semaines en tête à tête (ou presque) avec Sebell passèrent, elles, à la vitesse grand V. J'allais mieux, je m'occupais de mon bébé, de mon homme quand il venait nous voir, et j'avais demandé à mes collègues de m'apporter les dossiers de travail à la clinique. Je n'avais pas l'intention de me laisser évincer d'une situation prometteuse par ma vie de famille, et j'étais assez forte pour tout mener de front.

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A peine rentrée à la maison, me voilà confrontée à une nouvelle tache pour mes autres enfants. Ils ont du penser que j'avais bien assez profité de Sebell à la clinique et qu'il était temps de m'occuper d'eux. Ils avaient entendu dire qu'une école privée venait de s'ouvrir à Ruatho. Je ne dis pas que ça manquait, je ne suis pas élitiste à ce point, mais Lessa et Robinton me menaient une valse d'enfer pour rentrer là-bas. Robinton a tout particulièrement insisté :
-Tu vois, maman, je suis aux portes de l'université ! Plus qu'un an de lycée et j'y vais (quand je vous dit qu'il n'en démordait pas). Alors tu comprends, même si ce n'est qu'un an, ça fera toujours mieux dans mon cursus que cette école de plouc dans laquelle on doit aller depuis le collège !
Ô mon dieu, où est passé mon petit garçon innocent ? Tout en répondant mentalement à cette question ("il a du disparaître à l'âge de ses 4 ans, le jour où il a découvert son père dans les bras d'un autre"), je m'attelais à la tâche d'inviter le directeur de cette école, de lui cirer consciencieusement les pompes, de lui faire quelques œillades, de secouer longuement mes cheveux et de lui faire visiter notre maison récemment agrandie (Florian n'étant plus là, j'avais enfin eu champ libre pour l'apparence extérieure de la maison). Parmi ses incalculables dons, Jacques avait celui de la cuisine et nous fit du homard à dîner. Evidemment, entre mon charme et le homard, le bon directeur s'est empressé de prendre nos enfants dans son école !

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Grande nouvelle ! Non, ça n'est pas la vue de Robinton et Lessa dans leur nouvel uniforme scolaire qui nous fait cet effet là, mais ma future réussite professionnelle ! Jacques a temporairement laissé tombé la politique et s'est uni à moi pour conquérir la boite dans laquelle je bosse (mais si, souvenez vous, TortueOne, la boite qui fabrique les maillots de l'équipe des Tortues). Sa rigueur scientifique associée à mon ambition hors du commun ont mis le directeur à genoux. Quand je pense qu'il y a quelque mois encore, il me tripotait le menton en me disant d'un air bonhomme :
- Cette Moreta et son ambition ! Vous finirez par me manger tout cru !
Et bien, il n'a pas cru si bien dire ! Mais attention, je ne suis pas femme à frapper un adversaire au sol. L'ancien boss a toujours été bon avec moi, et ce sont mes résultats (finement améliorés par Jacques) en tant que directrice adjointe qui ont poussé le conseil d'administration à m'élire directrice. C'est qu'on ne dirait pas, mais j'en ai à revendre des idées pour rentabiliser la fabrication de maillots de sport à l'effigie d'une tortue ! Donc, l'ancien directeur est parti au vert avec une somme conséquente pour assurer ses vieux jours et un droit de présence aux conseils.
Jusqu'à tard dans la soirée, Robinton, Lessa et même Sebell ont participé à la liesse générale. Le temps d'un merveilleux soir, nous avons aplani les différences et nous nous sommes comporté comme une vraie famille.

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Grâce à Florian (si si!), cette unité familiale s'est quelque peu ressoudée. Lessa n'avait pas oublié son cher papa, et nous le rappelait régulièrement, à Jacques et moi, par de subtiles allusions telles que "Papa aurait dit ça", "papa aurait fait ça" ou encore "papa aurait préféré les meubles comme ça". Elle entretenait toujours le secret espoir (d'accord, ça c'est Robinton qui me l'a avoué) d'apercevoir le fantôme de Florian. Et bien laissez moi vous dire qu'elle a été servie ! Alors qu'elle promenait Sebell dans le jardin pour lui faire respirer l'air de la nuit de Ruatho, la voilà qui tombe sur le fantôme de son père. De saisissement, elle lâche le bébé (pauvre enfant ! Déjà qu'il était fragile… Heureusement que le sol n'est pas dur dans notre jardin), et commence à débiter toutes les âneries qu'elle voulait absolument dire à son père :
- Papa, je ne t'ai jamais vraiment dit combien je t'aime, papa, tu es le seul homme qui comptera jamais dans ma vie, tu seras mon exemple, tu es toujours présent dans mon cœur, etc, etc (incroyable le nombre d'idioties que peut sortir une adolescente au demeurant équilibrée).
Malheureusement, Lessa a été très vite guérie de cet amour incommensurable. De sa voix toujours nasillarde, même dans l'au-delà, Florian lui répondit :
- Mais bien sûr, vous m'aimez tous beaucoup, y compris la grosse pouf blonde là-bas, qui s'est faite engrossée par un @\!*£# de désinsectiseur!!
Les relations de Lessa avec feu son père se sont trouvées scellées par le dernier geste de Florian : il lui a tiré la langue en l'arrosant copieusement de postillons ectoplasmiques et est parti en maugréant "C'est bien pour ça que vous m'avez fait tuer".
Cette dernière phrase a réveillé en moi d'anciens soupçons que je m'efforçais d'oublier. Mais en tout cas, l'intervention de Florian avait eu l'avantage non négligeable de fermer définitivement le clapet de Lessa au sujet de son père.

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Malgré ma grossesse difficile et les coups que lui assenait involontairement sa sœur, Sebell grandissait à peu près bien. Cependant, il avait souvent des bronchites, ou des gastro, me laissant présager une santé très fragile. Je couvais donc avec ardeur mon dernier rejeton, espérant avoir le temps d'en faire un dernier en meilleure santé. Je dis espérais, car, d'un commun accord avec Jacques, j'avais arrêté mon élixir. Grâce à lui, j'avais encore de nombreuses années devant moi, et je souhaitais vieillir aux côtés de mon aimé. Il faut savoir être raisonnable, de toute façon, ça n'aurait fait que retarder l'inévitable, et l'idée de vieillir seule me paraissait à présent abjecte !
Je m'occupais donc de Sebell d'un œil attendri. A part moi, je trouvais que malgré sa beauté que je trouvais ravageuse, Jacques n'avait pas dû donner ses meilleurs gènes à son fils. Et ceci m'était confirmé par Lessa, qui, toujours aussi douce, se demandait sans arrêt si "Sebell serait aussi doué pour tout que son père car niveau physique… "
Elle pouvait bien parler, elle ! Belle comme le jour, elle se comportait comme son frère, aucun copain à la maison. Et ça n'avait pas l'air de l'intéresser, pas plus que les filles, d'ailleurs… Quand je lui en ai fait la remarque, elle m'a répondu d'un ton acide que, pour l'instant, le lycée était le plus important et qu'elle aurait bien le temps de voir les garçons plus tard.
C'est bien étonnant, ça, deux enfants comme ça, avec le père qu'ils avaient eu et moi, qui, avouons le, ne crache pas sur ces choses là. En tout cas, ça laissait plus d'un garçon dépité, je les voyais tourner autour de la maison comme des âmes en peine, fuyant parfois brusquement aux grands cris que poussait Florian dans leur dos. Je me demande si la vie sera toujours facile avec un fantôme caractériel dans cette maison…

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Et ce fut LE grand jour de Robinton. Avec ses 3 ou 4 bourses d'études en poches (il était hargneux contre la scolarité de la fac, il comptait sur 1 ou 2 de plus, au moins), je l'ai amené jusqu'au village universitaire dans lequel il avait choisi de vivre. Il avait assez d'argent pour louer un petit quelque chose, et puis, on l'aurait bien aidé, quand même, mais il m'avait fermement répondu qu'un simflouze est un simflouze et qu'il n'était pas nécessaire d'en dépenser plus que nécessaire.
Alors que je l'amenais à l'université qui était à quelques heures de route de chez nous, nous en avons discuté :
- Tu sais Robinton, c'est vrai qu'on n'a pas besoin de gaspiller, mais pour un logement, c'est différent. Tout l'argent que j'ai pu mettre dans la maison, je l'y ai mis, pour léguer à la famille quelque chose de beau. Et puis, tu ne vas pas me contredire, avec tous ces tableaux que tu as achetés…
- Je sais maman, mais une maison, ça n'est pas pareil, c'est un investissement immobilier. A long terme, les tableaux et un bâtiment peuvent rapporter de l'argent. Ça n'est pas comme un logement étudiant. Ou alors il aurait fallu acheter, pour louer après la fin de nos études, ajouta-t-il d'un air pensif.
Le reste du trajet, nous avons discuté de choses un peu plus futiles, comme les souhaits extravagants de bourses de Lessa (elle aussi ne jurait plus que par la fac… Impossible d'y échapper !). Elle aurait voulu bénéficier d'une bourse qu'on réserve aux enlevés par les extraterrestres, ou alors aux zombis… Ma fille me surprend parfois.
Quant à Robinton, ai-je besoin de vous dire qu'il a choisi comme filière les sciences économiques ?

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Robinton s'est rapidement acclimaté à l'université. On a été obligé de l'appeler souvent (bon d'accord, surtout moi) pour savoir comment il allait et ce qu'il devenait car, tellement pris dans sa vie trépidante, il en oubliait de téléphoner.
En fait de vie trépidante, il était allé à la fac avec le but d'avoir son diplôme, il s'en est donné les moyens ! Et il les a tous trouvé, je vous le garantis. A coup de basse flatteries ("oh, mais tu comprends, tu es tellement plus doué que moi, moi j'y comprends rien"… ben tiens, ils se sont tous fait avoir !) sur ses camarades pour qu'ils lui tapent des dissertations, pour qu'ils lui fassent ses devoirs ("oh Marina, tu écris tellement bien, tu veux bien les faire pour moi?")… A coup de téléphone à ses profs, aussi, et jusqu'à pas d'heure, croyez moi ! Toujours pendu au bout du fil jusqu'à ce que les profs finissent par trouver comme seule issue de secours la promesse d'une bonne note. Oh, je dis pas, il a bien bossé lui aussi, mais il avait des choses passionnantes à découvrir. Tenez, les sociétés secrètes par exemple ! Ses copains lui ont monté tout un bateau en lui disant que s'il se liait avec des gens habillés comme ceci, et qu'il les invitait à une fête, il se ferait enlever…
Mon pauvre Robinton… il s'est bien fait avoir, il en connaissait, il a fait des fêtes, mais des enlèvements, zéro. Cela dit, il s'est trouvé une bonne amie, comme on dit, grâce à ça. Amandine, elle s'appelle. Et moi, je suis enfin rassurée, mon garçon s'intéresse bien aux filles !

402

Moi, pendant ce temps là, je m'éclatais ! J'avais fini par couper mes cheveux, je n'en pouvais plus d'entendre Lessa faire des commentaires à tout bout de champ sur "mon age et mon apparence". Enfin, maintenant, c'est Sebell qui geint car lui, il les aimait mes cheveux longs !
Heureusement que Jacques était au milieu de tout ça, et me disait imperturbablement, avec son beau sourire :
- Moreta, même sans cheveux, je t'aimerais…
C'est pas romantique, ça ??!!! Et bien malgré l'avis de Lessa qui retrousse son nez chaque fois qu'il dit ça, moi ça m'enchante ! Je suis donc une femme heureuse, j'ai retrouvé de jeunes années qui m'avaient échappées grâce au "garage à répèt'". Lessa désertait depuis que son frère n'était plus là, se concentrant sur ses bouquins, ses bouquins, ses bouquins… Et, les remarques à sa mère évidemment.
Ah, heureusement que mon Sebell est là, il y a encore de la naïveté enfantine dans ses yeux lorsqu'il danse sur mes accords un peu rouillés.
Je m'en occupe beaucoup de ce petit, il est tellement fragile… Et puis, il faut bien que je l'entoure car il va bientôt à l'école et a très peur de ce changement…

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Entre deux cours, Robinton a réussi à se libérer pour venir fêter l'anniversaire de Sebell. Il n'est pas beau ce tableau familial ? Bon, d'accord, Lessa n'était pas là, elle était évidemment plongée dans un quelconque bouquin et nous avait marmonné qu'elle arrivait dans 5 minutes il y a environ 3 heures, je crois… Et Jacques avait invité une collègue de boulot ce soir là, qui s'incrustait méchamment à notre joyeuse petite fête. Humpf… on l'a pas revue celle-là, après que j'en ai dit deux mots à mon époux. De toute façon, à cause de ses succès professionnels incroyables, il traîne derrière lui toute une bande de lèche bottes indécrottables. Comme il est gentil mon Jacques, il ne s'en offusque pas et il les laisse faire, mais ça lui laisse peu de temps pour ses loisirs et je trouve ça important, moi ! Il me remplit la maison de petites choses inutiles mais bien décoratives : on a une serre hydroponique, un espèce de machin horrible qui sert à découper les gens (c'était à son époque médecine… il paraît qu'on a remplacé les pieds de cochon par les mannequins en plastiques pour apprendre à faire les points). Et comme il en a eu marre, et qu'il voulait prendre l'air, le voilà pilote de chasse ! ça, pour prendre l'air, il doit le prendre. Mais bon, l'armée, c'est exigeant, alors il m'a remué tout le fond du jardin pour construire un parcours d'entraînement pour bidasse. Enfin, je veux pas me plaindre, mais c'est que ça commence à prendre de la place tout ça !

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Ce jour là, Lessa a fini par trouver 5 minutes pour voir son frère. Sans doute s'est-elle souvenue qu'un livre ça se ferme, et que des yeux ne sont pas faits que pour lire des petits caractères compliqués ! Toujours est-il que la voilà qui saute sur ses pieds et s'élance vers son frère en criant "Robinton, t'es là, t'es là !!". Humpf, c'est pas comme si je lui avais dit déjà quatre fois "On est en train de manger avec Robinton, ma chérie, tu viens ?". Bon d'accord, elle ne m'avait pas répondu, mais j'avais quand même imaginé qu'elle m'entendait !
Et quand je vous dis 5 minutes, on va arrondir aux 3 heures supérieures ! Et que je me serre dans tes bras, et que je me caline, et que je te raconte toute ma vie (mais qu'est-ce qu'elle peut bien lui raconter ? soit elle est à l'école, soit elle est ici à bouquiner !). Robinton a du en avoir marre de l'écouter, et a commencé à lui envoyer, par jeux, les coussins du canapé du salon dans la tête. Ma petite Lessa, quand c'est moi qui veux jouer à ça, prend tout de suite de grands airs outrés et se tâte ostensiblement le nez pour voir s'il est toujours en place. Et bien là, je la vois qui prend un air vicieux, attrape un coussin et colle un grand coup dans les oreilles de son frère. Ah, la jeunesse !
Ils se sont calmés et ont discuté un petite heure avant que Robinton parte (ignorant complètement le pauvre Sebell, pour l'occasion), sur leur projet. Lessa est en avance dans ses études (tu m'étonnes !) mais elle ne pense pas qu'elle pourra partir avant un an ou deux, et puis elle bosse d'arrache-pieds pour décrocher tout un tas de bourses.

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Sebell, qui n'a pourtant pas l'air d'avoir d'affinité exceptionnelle avec Lessa (j'ai même du la contraindre à dormir dans la même chambre que lui. Elle n'avait pas fait tant d'histoires tant que c'était Robinton qui occupait le lit !) fait tout comme elle. Du coup, je me retrouve avec mes gamins qui étudient ensemble, qui nettoient ensemble… Sebell est toujours en train de roder autour de Lessa quand elle cartographie le ciel la nuit…
Moi, ça me surprend toujours de voir deux enfants aussi studieux. Non pas que je ne fasse rien, mais du travail tout le temps, comme ça !
Enfin, je dis ça, mais j'ai bien du mal à partager mon temps entre mon travail, Jacques et les enfants. Jacques est ma force et me permet de continuer à avancer car, à mon âge, j'aurais bien envie de passer le flambeau… L'entreprise TortueOne marche du feu de dieu sous ma direction. Quoi que, ma direction ! Les dividendes ont beaucoup rapporté, et m'ont permis de persuader M.Gray, l'homme qui m'avait permis d'entrer à TortueOne de s'associer avec moi. J'ai donc du embaucher quelqu'un pour gérer l'entreprise à ma place, même si je garde un oeil dessus. De plus en plus, je travaille chez moi : grâce à l'internet, tout est accessible !

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Oh ben celle là, elle est bonne quand même ! Figurez vous qu'un soir, Jacques et moi, on rentre du boulot et qu'est-ce qu'on trouve à la maison ? Un pauvre petit Sebell larmoyant qui nous annonce que Lessa a pris un bus et est partie rejoindre Robinton… Pauvre petit, il croyait qu'on allait le gronder de n'avoir pas retenu sa sœur…
Quant à elle ! Je crois que par amour de mes enfants, j'en ai passé sur des gestes et des remarques désagréables ! Mais alors la c'est le ponpon ! Et je suis bien obligée de reconnaître que cette gamine est froide et désagréable sauf quand il s'agit de son frère ! Ou même de Jacques, elle passait beaucoup de temps avec lui ces derniers temps, même si lui ignorait ses desseins. J'ai appelé à la résidence de Robinton pour lui dire une bonne fois pour toute ma façon de penser, à cette gamine, elle s'est sûrement installée là-bas.
Et, deuxième nouvelle, on m'apprend que Robinton n'habite plus là, et on me donne le nouveau numéro. Lorsque j'ai appelé, j'ai discuté une bonne heure avec Robinton, qui vu mon état de nerf, m'a raconté toute sa vie, histoire de me calmer, je pense. Ils ont déménagés… a force de cajoleries, il m'a tout raconté :
"Maman, Lessa est arrivée dans ma résidence comme ça, sans me prévenir, sinon, tu penses bien, je lui aurais dit de t'appeler. Elle a tout visité, tout regardé, et finalement m'a proposé de partager ses bourses avec moi pour qu'on emménage dans une petite maison. J'étais pas d'accord au début, ça fait beaucoup de frais tout ça, mais elle a eu une super idée ! On a fondé une association d'étudiants, et tu imagines maman, si elle perdurait sur le campus, des années après nous ? Imagine ton arrière arrière petit fils qui rentre dans cette association, ça serait top, non ?"
Mpmf… oui, j'imagine que ça serait "top"

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Et bien, ils m'ont bien énervée, mais je peux être fière d'eux… Robinton, grâce à toutes ses astuces (et son travail, ne l'oublions pas), viens d'être diplômé avec les félicitations du jury ! Snif snif, j'ai les larmes aux yeux et Jacques est aussi fier que si c'était lui. En même temps, on a été mis au courant des résultats également fracassants de Lessa. Robinton, encore tout excité par son succès, nous a raconté qu'elle vient d'être admise en seconde année et qu'elle aussi avait eu des félicitations. Ça aurait été aussi sympa qu'elle nous le dise elle-même, mais bon, il paraît qu'elle rédigeait déjà une dissertation pour l'année d'après, qu'elle n'avait pas le temps. Et les vacances, alors !
Jacques et moi, chacun un oreille collée contre le combiné (et c'est pas facile à deux, croyez moi !) avons échangé un regard blessé… Déjà, durant l'année, Robinton nous avait envoyé une photo d'eux deux sur le campus, Jacques avait découvert avec horreur qu'elle avait coupé ses cheveux. Des cheveux qu'elle tenait de moi, et qu'elle avait longs juste parce qu'on avait pu l'empêcher de les faire couper jusqu'ici. Pas plutôt libre…
Je vais vous dire, moi, je crois que Jacques s'est bien habitué depuis un certain temps à être sûr et certain que Lessa n'est pas sa fille biologique !

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Et voilà, un cycle s'achève, celui de Robinton. En rentrant, il nous a raconté la méga teuf qu'il avait donnée pour son diplôme. Je ne lui ai pas dit bien sur, mais j'aurais bien aimé que Jacques et moi y soyons conviés, après tout, une fête de fin d'étude, on en a qu'une. Mais je suppose que maintenant que ces deux là sont grands, nous, on n'est plus dans le coup !
Bref, il paraît qu'ils avaient invité pleins de copains, et que Lessa s'était démenée toute la soirée en dansant avec un certain Sasha, ami de Robinton. Et moi qui n'aurais jamais cru qu'elle sache même danser ! Pour le reste, j'ai lu entre les lignes…
Lessa ne supportait pas Amandine et les deux jeunes filles s'étaient méchamment disputées plusieurs fois, ce qui avait fini par amener Robinton à rompre avec elle. Oh, je me serais arrachée les cheveux si je n'avais su que mon fils a trouvé une autre copine. C'est qu'on j'ai bien cru qu'il en aurait jamais moi !
Enfin, je reviens aux choses sérieuses (hé hé hé). En allant faire quelques concerts en ville – et oui, vivre sur un campus en ne pensant qu'à acheter des toiles de maître, c'est pas facile ! Il a bien fallu qu'il gagne quelques sous – il a rencontré une jeune fille, qui bosse dans un bar pour financer ses études… Oh, il ne m'a pas dit grand chose de plus, mon garçon, mais j'ai bien l'impression qu'il aime beaucoup cette jeune et fille et qu'il a… hum… comment dire ? Perdu sa naïveté avec elle…

Complots et trahisons

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Ouh là là, que de bonnes nouvelles ! Non seulement mon fils premier né est rentré au bercail, mais même pas une semaine plus tard, il me demande mi-pompeusement, mi-gêné s'il peut demander à sa Marilène de venir habiter ici. Oh, je sais ce que vous allez dire, ils auraient bien pu se prendre une petite maison avec les sous qu'ils ont économisé, surtout elle, elle travaillait dans un bar, mais…j'ai un peu insisté pour qu'il reste. Bon, encore une fois, Lessa l'a dit avec ses propres mots, lorsqu'elle est venue passer un week end chez nous (ce qui se fait de plus en plus rare, croyez moi) :

- Ho, maman, tu crois pas que tu pousses un peu là ? Bientôt, tu vas le menacer de suicide s'il ne s'installe pas chez vous. Laisse lui donc un peu d'intimité !
 Humpf… Heureusement que mon Robinton n'a pas écouté sa sœur… Il est venu à la maison, et nous a amené une fille (qui sait, une future belle fille, peut être, mais je ne dois pas trop espérer…).
Première tache : relooker Marilène. Depuis le temps que ça me démangeait de faire ça à Lessa, je me suis défoulée. Marilène est arrivée fichue comme l'as de pique et se baladait toute la journée avec un tablier façon mémère. On a de-tressé les cheveux, mis un peu de maquillage et je lui ai prêté d'anciens vêtements à moi. Voilà un petit diamant que je viens de tailler. Robinton lui même est impressionné de voir que sa petite amie est vraiment très belle !

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Pendant que Robinton était à la fac, mon "entreprise" a plus que prospéré. J'ai du passer quelques jours à tout lui expliquer, avec l'aide de Jacques. Jacques se fait nettement moins présent dans ma vie professionnelle depuis que Robinton est rentré. Le cher amour, il sait que dans mon cœur, c'est mon fils qui va prendre les rênes, et il a su s'effacer avec dignité. Pour s'occuper avant d'être trop vieux, il pense revenir à ses premières amours : le sport… Entraîneur de foot ou entraîneur de basket ? Il s'en va discrètement prendre l'avis de Sebell pendant que je détaille tout à Robinton.

L'association avec Kier Gray, le promoteur immobilier a été bénéfique à plus d'un niveau. Ses fonds nous ont permis de fonder l'Orlithe Corporated, société ayant maintenant des actionnaires, un conseil d'administration dont je suis la directrice, etc etc. Grâce à la vente prolifique premières actions (il semblerait que j'ai un flair redoutable pour les actions boursières ; héritage génétique, sans doute), on a pu racheter un certain nombre de petites entreprises locales qui montaient, et je me trouve maintenant à la tête d'un groupe qui commence à vraiment être puissant. Même si je ne m'octroie que mon salaire de PDG-ère (Jacques me taquine en me traitant de "Reine des affaires"), je dois avouer que l'argent rentre à flot et que les soucis financiers particuliers à mon premier mariage sont bien oubliés.

Il a fallu une bonne semaine de travail acharné pour mettre Robinton au courant de toutes les ramifications. Mais j'ai comme un arrière goût de déception. On dirait que son passage à la fac lui a un peu fait oublier que lui-même s'était toujours considéré comme mon successeur.

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L'abcès a éclaté quelques jours plus tard. J'étais véritablement très intriguée par son comportement nonchalant. Robinton n'avait montré aucun signe de vouloir prendre les rênes avec moi. Ce comportement me rendait limite hystérique et Jacques subissait mes heures d'insomnie au point de parfois émigrer sur le canapé (avec force excuses, bien sûr !). Le rôle d'un mari est parfois difficile, et voyant que je commençais à devenir agressive vis à vis de Robinton, Jacques s'est attelé à la difficile tâche de me faire comprendre que je ne pouvais pas agir avec mon fils comme mon père avait agit avec moi, car ça nous conduirait à la même chose, le départ de Robinton. Lorsque j'ai eu pleinement assimilé cette information et surtout que j'ai réussi à l'accepter comme une vérité (cher Jacques, cette période n'a pas été facile pour lui…), j'ai tenté de restreindre mon énervement et de ne plus harceler sans cesse mon fils aîné avec ces considérations, me disant que lorsqu'il serait prêt, je le saurai !
Mais, mes bonnes résolutions ont été mises à mal par la vie de Robinton. Il sortait tous les soirs, ne ramenait pas d'argent à la maison, et se satisfaisait apparemment de dépenser le notre. J'ai tenu jusqu'à son dernier achat, une voiture de sport très coûteuse que je le soupçonnais avoir acheté pour épater la galerie (pour quoi d'autre sinon ?).
Je l'ai donc cueilli dès qu'il eut fini de rentrer son bolide dans le garage en l'informant gentiment mais fermement que nous devions discuter.

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Pendant que je l'informais, son regard s'est fait fuyant. Il a soupiré, s'est assis sur un canapé et s'est mis à jouer avec ses clés.

-Très bien maman, puisqu'on ne peut plus repousser, dis-moi donc ce que je peux faire pour toi.
-Robinton, je pense que tu sais parfaitement ce que je veux. J'ai besoin de m'organiser pour l'avenir, alors il faut que tu me dises franchement : as-tu l'intention de reprendre l'Orlithe Corporated ou dois-je demander à Lessa ou Sebell de s'y préparer ?
Je n'ai pas beaucoup aimé le sourire narquois qu'il a eu à ce moment là…
-Maman, je ne suis pas sûr que Lessa ou Sebell soient réellement intéressés. D'autant plus que dans cette famille, tout le monde sait que c'est moi qui a toujours été destiné à prendre ta suite
-En effet. Mais je dois savoir si cette tache t'intéresse ou si tu te destines à autre chose… Comprends que la façon dont tu te conduis est plutôt curieuse…
Robinton a eu un long silence ; j'en ai même cru que notre discussion allait être close, j'étais allée trop loin dans les reproches. Mais finalement :

-Maman, j'admire la façon dont tu as mené ta barque et je suis fier que tu m'aies choisi comme successeur. Je désire réellement reprendre le flambeau. Mais j'ai envie de vivre un peu avant !
-Mais tu as fait la fac et tu as Marilène maintenant, objectai-je, surprise par ces propos.
-Oui, bien sur, Je suis heureux d'être avec Marilène, mais l'expérience de la fac a été extraordinaire ! J'ai vécu un tas de choses inoubliables auxquelles je pense souvent. Tiens, tu sais quoi, maman ? Je crois que je vais écrire mes mémoires. Oui, continua-t-il sans me laisser le temps de répondre (de toute façon, je n'aurais pas pu, je crois), ça, c'est une super idée ! Et quand j'aurais terminé, promis, je serai ton digne successeur.
Joyeux, il se leva avec un grand sourire, me plaqua un gros baiser sonore sur la jour et partit en gambadant, me laissant très très perplexe… Des mémoires ? Il a à peine passé ses 20 ans, qu'est ce qu'il va bien raconter ?

C'est poussée par cette question que je me suis (honteusement, certes) laissée aller à lire ses mémoires sur son ordinateur.

 

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Et là, que n'ai-je pas fait ?? Bien sûr, j'ai mérité la douleur des révélations, je n'avais vraiment pas à fouiller là-dedans… Dans un premier temps, j'ai appris que mon petit Sebell courait le jupon avec toutes les filles du quartier, mais surtout avec Gallice Gray, la petite-fille de Kier. En soi, rien de choquant, mais j'ai été blessée par le ton amusé et moqueur qu'a utilisé Robinton pour décrire les râteaux de son frère. Après tout, lui-même ne risquait pas de s'en prendre, à l'époque, il n'essayait même pas.

Mais, le véritable coup dans mon cœur, ce fut la description détaillée (bien trop à mon goût) des amours de Lessa. Au début, j'étais plutôt ravie que ma petite fille trouve un homme qui supporte son caractère… Mais j'ai fini par comprendre que cet homme était un de ses profs et qu'il devait facilement avoir le double (voire le triple) de l'âge de Lessa. Furieuse, je décrochais le téléphone, prête à alerter le doyen du campus qu'une jeune étudiante se faisait abuser par un de ses enseignants. Après tout, il ne pouvait s'agir que de ça…

Quelle ne fut donc pas ma stupéfaction tandis que je poursuivais ma lecture, apprenant du ton amusé de Robinton tous les efforts qu'avait du déployer sa sœur pour amener l'homme dans son lit. Car, si je lisais entre les lignes, ce professeur ne souhaitait pas du tout s'engager dans ce type de relation, mais ma fille l'avait eu au charme et à l'usure. Telle père, telle fille, me direz-vous.

J'aurais pu être intéressée par connaître ses motivations, mais le cœur me manquait pour continuer cette difficile lecture. J'ai donc éteins l'ordinateur précipitamment, peu désireuse d'apprendre autre chose. Une chose est sûre : il faudra que j'arrive à empêcher Robinton de faire publier ce torchon. Et que j'ai une discussion sérieuse avec Lessa dès qu'elle reviendra pour lui expliquer ce que je pense de tout ça !

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Et bien en tout cas, mon Robinton, on peut dire qu'il sait s'y prendre avec sa maman. J'espère en tout cas que sa décision n'a pas été motivée que par le souci de me plaire…

Le dernier week-end que Lessa a passé chez nous, Robinton et Marilène nous ont annoncé leur futur mariage. Ah, mes aïeux, que ce week-end fut donc mouvementé !
Aussitôt que Lessa eut posé sa valise dans sa chambre, je l'ai longuement questionné sur sa vie à la fac. Oh, discrètement, bien sur, car je ne voulais pas d'une scène entre Robinton et Lessa ou entre Robiton et moi pour cause d'indiscrétion. Mais figurez vous qu'il n'y a rien eu à en tirer sur sa vie sentimentale, malgré tous mes efforts. Oh, ça pour le boulot, elle m'en a raconté :
-Tu fais bien de me parler de ça, maman, car je voulais t'annoncer que je resterai à la fac quelques années de plus que Robinton.
-Comment ça ? Qu'est ce qui te retiens là-bas ? Un garçon peut-être ? (d'accord, aucune de mes tentatives pour savoir ne fut très subtile mais au moins, je n'ai pas eu de scène !)
-Non, maman, m'a-t-elle répondu en riant. Mais Robinton n'a poussé que jusqu'en maîtrise et moi, les sciences physiques me passionnent tellement que je souhaite continuer sur un doctorat.
-Un doctorat ? hou là, tu sais que moi, j'ai tout appris sur le tas, alors je ne sais pas bien de quoi tu parles…
-ça veut juste dire 4 ou 5 ans de plus, maman.
Quatre ou cinq ans de plus à fricoter avec ce prof ??!! Humpf… ça, c'est ce qu'on verra.

Robinton et Marilène se sont mariés deux mois plus tard. J'ai senti mon fils déçu, car prétextant des expériences impossibles à quitter, Lessa n'a pas assisté à son mariage. Mais, Jacques, Sebell et moi-même les avons regardé échanger leurs vœux la larme à l'œil… Ah là là, moi qui rêvais tant que mon grand garçon se marie !
Il ne reste plus que les petits-enfants, et j'ai bon espoir car Marilène, en bonne fille unique, ne parle que d'avoir une immense famille !

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Malgré toutes ses grandes paroles, j'ai bien cru qu'on allait m'enterrer avant d'avoir vu la génération suivante (je ne compte même pas sur Lessa, et Sebell ne pense qu'à multiplier les conquêtes…) ! Marilène a gardé sa taille de guêpe des mois durant et je commençais à désespérer lorsqu'on s'est aperçus, Jacques et moi, qu'elle faisait de plus en plus d'aller-retour entre le frigo et les toilettes pour vomir… Les vomissements se sont calmés pour laisser place à une fringale impossible à calmer qui vidait notre frigo vitesse grand V. Et Marilène a fini par nous annoncer, le rose aux joues, que la troisième génération des Orlithe était en route (en vrai, elle a dit qu'elle attendait un bébé, mais j'ai trouvé ça un peu banal).

Mon cœur regardait son ventre s'arrondir doucement avec émotion et je pensais que plus rien ne pourrait assombrir mes vieux jours, pas même les frasques de Lessa avec son prof.

Mais, un jour, Robinton est revenu du travail avec des nouvelles inquiétantes. Ayant enfin terminé ses horribles mémoires (Dieu merci, il n'a jamais parlé de les publier), il s'est petit à petit investi dans l'Orlithe Corporated, jusqu'à ce que je le nomme directeur commercial de la branche Sud-Ouest de Ruatho. Parti démarcher un futur client, il a rencontré là-bas un certain Sentil Cross. Connaissant nos origines, il est venu m'en parler le soir même. Nous en avons longuement discuté puis, nous avons décidé de ne pas nous affoler, la présence de ce patronyme si proche de nous n'étant probablement qu'une coïncidence.

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Malheureusement, c'était mal connaître mon père, Jommy Cross. Robinton a eu plusieurs contact de Sentil Cross, qu'il a repoussé pour m'épargner, ayant appris par une agence de détectives privés que Sentil n'était autre que le fils autrefois illégitime de Jommy, mon demi-frère, donc. Son fils repoussé, Jommy nous a envoyé sa femme, Nehallia, celle qu'il avait épousé peu de temps après que je quitte la maison, celle qui lui avait donné un fils.

Je n'ai pas eu le cœur de repousser cette vieille femme qui venait avec toute la tendresse et la tristesse dont elle disposait. Je l'ai reçue dans mon bureau et nous avons discuté de longues heures. Elle m'a expliqué que Jommy était gravement malade, mourant, même (je le pensais déjà mort, loin, là bas… après tout, il avait un peu plus de 90 ans). Et qu'il souhaitait se réconcilier avec moi avant de mourir. Elle-même m'a paru être une brave femme qui ne pensait qu'au bonheur d'un mari de 25 ans son aîné, et qui se desséchait doucement à l'annonce de la mort de cet homme.

Elle m'a supplié humblement d'oublier ma rancœur et de consentir au caprice d'un vieil homme : lui accorder mon pardon.

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Mes maternités ont du attendrir mon cœur avant si dur à l'égard de cet homme. Ou peut-être est-ce Nehallia, avec sa force tranquille et ses larmes muettes qui m'ont convaincue. À la suite d'une longue discussion incluant Jacques et Robinton (Sebell me paraissait trop jeune pour comprendre tous les tenants et aboutissants et Lessa m'a dit d'entrée "Fais ce que tu veux, maman, je serai d'accord"), j'ai pris la décision de me rendre au chevet de Père.

La première rencontre, après environ 40 ans de froid, fut plutôt pénible, car je découvrais un autre homme que celui que j'avais quitté, toutes ces années plus tôt. Nehallia et Sentil sont venus me chercher, Jacques et Robinton m'accompagnaient. Sentil nous a conduit aux limites de la vallée de Ruatho, là ou Jommy Cross s'est fait construire une résidence secondaire pour ses vieux jours, en souvenir de sa première femme Lili. Arrivée devant l'immense manoir, j'ai demandé aux autres de me laisser seule pour cette première entrevue. Je suis montée à l'étage et ai trouvé un très vieil homme, affaibli par une maladie qui durait depuis des mois selon Sentil.

J'ai passé plusieurs heures à son chevet, alternant de longs silences avec des récits entrecoupés de nos vies respectives. Père semblait sincèrement regretter ces années de silence et le mal que nous nous étions fait mutuellement. Certaines de ses paroles ont touché mon cœur et je suis revenue les jours suivants. Nous parlions beaucoup, parfois en compagnie de Nehallia, parfois seuls, et je sentais renaître en moi une chose que je croyais morte depuis longtemps, la confiance en mon père.

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Le sachant condamné, j'ai passé de plus en plus de temps au manoir Cross, délaissant ma famille et mon travail. Je me sentais plus utile à tenter d'égayer les vieux jours d'un homme mourant que dans mon bureau à amasser des millions.

Je n'ai fait une pause que de quelques jours, pour assister à l'accouchement de Marilène qui a donné jour au premier né de la 3e génération, Jancis. Le fait que ce premier né soit un fils de Robinton me laisse présager un bel avenir à cette famille. J'en ai aussi profité pour mettre des papiers en ordre et nommer Robinton directeur-général intérimaire de l'Orlithe Corporated. Intérimaire, c'était pour rassurer les actionnaires, et parce que Kier Gray avait insisté, mais maintenant, je doute de jamais reprendre ce poste. Je me fais trop vieille pour ça.

Ayant réglé ces affaires là, je partageais mon temps entre mes visites à Père, plus que fréquentes (à tel point que j'avais désormais une chambre là-bas), et la vie de famille que j'essayais de maintenir riche à la maison. Jacques me soutenait de tout son cœur, comprenant que cette démarche était bonne autant pour moi que pour le vieux Jommy Cross. Oh mon Dieu, comme j'aurais souhaité que quelqu'un m'arrête pendant qu'il en était encore temps !

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Mais ce manège n'a pas duré longtemps. Jancis avait à peine 6 mois quand, lors de l'une de mes visites quasi quotidiennes au manoir, Sentil m'a prise à part pour discuter. Je n'avais jamais vraiment appris à connaître mon demi-frère, et spontanément, je ne le portais pas dans mon cœur, mais néanmoins, je le suivais sur le balcon de la chambre de son père.

-Moreta, je dois te parler d'une chose qui m'inquiète grandement au sujet de l'Orlithe Corporated.
Je lui fis signe de continuer, me demandant ce qu'il pouvait bien me dire à ce sujet-là.
-Tu vois, vu que tu passes la majeure partie de ton temps ici, je me suis dis que vu que je connais le métier, il n'y aurait pas beaucoup de mal à ce que j'épaule un peu Robinton. Je dois t'avouer qu'il n'a d'ailleurs pas craché sur mon aide.
Je levais les sourcils, étonnée que Robinton ne m'ait jamais parlé de ses problèmes et me demandant quand est-ce que Sentil avait pu l'aider. Il m'avait semblé le voir systématiquement ici à traîner autour du lit de son père à chacune de mes visites.
-Très bien, je suppose qu'il t'en est reconnaissant.
-Oh, vois-tu, Moreta, di-il en esquissant un fin sourire carnassier, c'est plutôt moi qui lui en serais reconnaissant.
-Que veux-tu dire par là ?
Je commençais à être inquiète. Son sourire ne me disait rien qui vaille et n'oublions pas qu'il était le rejeton du célèbre magnat Jommy Cross.
-Et bien, tandis que mon cher neveu arpentait les musées pour trouver des toiles à acheter et à  revendre dans quelques années, j'ai pu jeter un œil à des dossiers… hum… disons qui ne devraient pas tomber entre de mauvaises mains. En fait, heureusement que je les ai trouvés, je les ai effacés du disque dur de Robinton et copiés sur une disquette.
-J'espère que tu lui en a parlé, au moins, répondis-je, énervée, avec la sensation que l'amour de Robinton pour les tableaux était en train de nous jouer un tour.
-Oh, surtout pas… C'était avec toi que je voulais en parler. Vois-tu, ton fils s'appuie beaucoup sur moi pour diriger l'Orlithe Corporated, et je ne souhaite pas que ça change. J'aimerais donc que tu l'encourages dans ce sens.
-Pourquoi ferai-je ça ? L'Orlithe dois revenir à Robinton, et je ne ferai rien qui irait contre ça.

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-Hum, je crois bien que si, Moreta…
Emporté par la colère, je le coupais en criant :
-Tu ne peux pas m'y contraindre, Sentil, alors arrête d'insister !!! Je me retournais pour revenir dans la chambre quand Sentil attrapa fermement mon bras pour m'empêcher d'aller plus loin.
-Doucement, Moreta, reviens un peu par ici, siffla-t-il entre ses dents. Tu ne voudrais pas déranger Père et Nehallia ? Laisse moi donc finir.
Je me tus et l'écoutais, incapable de prononcer un mot de plus par crainte de briser le fragile équilibre que j'avais reconstruit avec Père et Nahallia.
-Souviens toi de ton premier mari, Moreta… Personne n'a jamais su qui l'avait tué, non ?
Muette, je fixais Sentil, accablée à l'idée que j'allai entendre ce que j'avais voulu oublier toutes ces années.
-Et bien, Robinton, lui, l'a toujours su. J'ai trouvé ça dans un fichier dans lequel il raconte sa vie. Oh, j'ai du en passer par les passionnantes aventures amoureuses de sa sœur pour lire ça, mais ça valait le coup…
Oh mon Dieu, ses mémoires ! Pourquoi n'ai-je pas vu ce passage, et pourquoi n'ai-je pas obligé Robinton à les détruire !!
-Il y raconte comment il a séduit une fille du voisinage, et comment il l'a utilisée pour commanditer le meurtre de Florient. Il y raconte pourquoi il a fait ça, par une sorte d'adoration pour toi, et pour te délivrer de celui que tu appelais déjà "ton poids mort". Il est malin, ton petit, il est le digne descendant de son grand-père. La fille qu'il a séduite a fait tout ce qu'il voulait à l'époque, se salissant les mains pour lui ; pendant ses études, il a fait réapparaître des preuves pour qu'elle soit mise en prison et se taise définitivement. Oh bien sur, elle a clamé son innocence, mais Robinton a su où faire pression pour que personne, pas même toi, n'entende parler de ce jugement expédié.

Oh mon dieu, mes pires craintes étaient fondées ! Robinton est un meurtrier !

-Mais que veux-tu, alors ? m'écriais-je.
-Je te l'ai dit : Continue à passer ton temps ici et encourage Robinton a chercher mon appui. Je veux juste ma part de l'entreprise que tu as construite. Après tout, tu peux bien faire ça pour
ton petit frère, non ?

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Dépitée, je rentrai chez moi la tête basse. En arrivant à la maison, Robinton vit tout de suite que quelque chose n'allait pas et s'informa de ce qui se passait. M'assurant que le reste de la maison dormait, je l'entraînais avec moi :

-Robinton, nous devons parler tous les deux.
Robinton était un jeune homme lorsqu'il avait entendu ça la dernière fois. Mais il avait mûri depuis et son visage n'afficha qu'une sincère inquiétude.
-Très bien, allons dans ton bureau maman.
Et là, je lui déballais tout. La soirée fut particulièrement dure et Robinton en pleura lorsqu'il su que je connaissais ses secrets. Nous en avons longuement parlé et il a finit par m'avouer qu'il voulait "seulement me délivrer" à l'époque. En sortant avec des copains, il avait entendu parler des hommes qui pouvaient lui "faire le boulot", et il s'était débrouillé pour les engager. J'en étais encore plus bouleversée. Je ne pouvais en vouloir à mon fils. C'était de ma faute, il avait trop entendu parler du "poids lourd" qui m'encombrait. C'était à mon tour d'être punie par les remords, car ce soir là, je m'aperçus qu'ils avaient rongé Robinton toutes ces années durant.
D'un commun accord, nous avons décidé de faire comme si nous obéissions sagement à Sentil Cross, pour nous laisser le temps de trouver une solution. Robinton ferait comme s'il ne savait rien de ma discussion sur le balcon de Cross.

Comme prévu par Sentil, je retournais donc jour après jour là-bas pour voir Père. Mais, un soir, j'arrivais plus tard que prévu et les deux hommes ne devaient plus m'attendre. Le spectacle que je vis par la fenêtre me fis frémir : Jommy Cross, prétendument alité et trop faible pour se lever, disputait tranquillement une partie de billard avec son fils. Voilà le coup le plus bas qu'un père pouvait faire à sa fille.

Jommy Cross était dans le complot.
 

601

La douleur des révélations de ces derniers jours fut trop lourde et je l'avoue, j'ai craqué. Je suis rentrée et j'ai passé la moitié de la nuit dans la chambre à pleurer. J'avais demandé à Jacques d'aller passer la nuit à veiller sur Jancis qui nous faisait un vilain rhume, pour pouvoir au moins m'effondrer sans témoin.

Cet homme infâme, celui qui fut mon père, avait reconquis ma confiance et presque une forme d'amour pour me poignarder plus profondément dans le dos. Cette nuit là, je le désavouais ; pour moi, il n'a rien d'un père, il n'est plus que Jommy Cross, un homme malfaisant.

Ces quelques heures de pleurs et de réflexions m'avaient requinqués, mine de rien. J'avais fait une sorte de deuil de certaines choses, il était temps de passer à d'autres. Et par dessus tout, je ne voulais pas laisser manger l'Orlithe Corporated par ces deux hommes.
Leur jeu a commencé à être clair au bout de quelques semaines. Petit à petit, Robinton faisait semblant de se laisser convaincre que l'Orlithe serait plus forte si Sentil en possédait des parts. Il a ainsi racheté les parts des petits actionnaires, visant visiblement de plus gros.
Des gros actionnaires, dans l'Orlithe Corporated, il n'y en a que 2 : moi (ou plutôt la famille Orlithe) avec 51% et Kier Gray avec 20%. Le reste était partagé entre plusieurs autres personnes et a rapidement été racheté par Sentil.
Robinton n'avait de cesse de se dénoncer à la police pour me libérer de ce carcan, mais j'avais d'autres idées derrière la tête. On ne me cherche pas impunément et la rage m'habitait.

22 mars 2006

Plans de bataille et bataille...

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J'ai demandé à Kier Gray une réunion extraordinaire et surtout particulièrement privée et discrète. Je lui ai soumis mon plan d'action car il me faut d'abord son accord avant d'entreprendre quoi que ce soit. Mais il faut faire vite tant que Sentil n'a pas trop mis le nez dans les papiers de la boite et qu'il se contente d'aiguiller Robinton comme un bouvier.
Kier a été tout d'abord très embêté par ma proposition, mais surtout parce que ça me place, moi et ma famille, à sa merci, comme il le dit d'un air gêné. Mais comme je lui ai dit, je préfère être à la merci d'un ami et partenaire que je connais de longue date que de Jommy Cross.

La proposition que je lui faisais était de lui céder 31 % de nos parts de l'Orlithe. Ainsi, il se retrouve majoritaire, intouchable car Sentil ne l'a jamais rencontré et ignore notre amitié (il fait l'erreur de le considérer comme il considère ses propres associés, c'est à dire comme un larbin qui fournit du fric). Kier a résisté car ça le gênait beaucoup de devenir majoritaire à ma place, mais il vite fini par se rendre compte que, dans un premier temps, c'était la seule façon d'empêcher Sentil d'être majoritaire.
Il a donc fini par accepter, mais pas avant de nous avoir fait signer un papier à tous les deux explicitant ce qui s'était déroulé ce soir : je lui avait cédé mes parts à un prix dérisoire vu qu'il manquait de liquidité, et il voulait garder une trace de ça pour que tout soit clair.

Et croyez moi, ce papier là, on l'a soigneusement enfermé dans le coffre de chez Kier, à l'abri de tout œil inquisiteur.


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Plusieurs semaines se sont écoulées. Sentil rachetait chez les petits actionnaires et s'approchait petit à petit des gros morceaux, nous laissant le temps de lui jouer la musique de "nous sommes simplement associés" entre Kier et nous, allant parfois jusqu'à jouer l'agressivité, jusqu'à ce qu'il soit convaincu.
Robinton était mortifié par cette situation, mais je le sentais plus libéré que toutes ces dernières années. On sentait que le fait de tout me raconter l'avait libéré d'un poids, et qu'il vivait mieux avec le fardeau de l'assassinat de son père. J'avais fait tout ce que je pouvais pour le réconforter, il était si jeune et si influençable à l'époque…
Mais Florian, ou plutôt son fantôme, ne voyait pas les choses de cet œil. Après avoir passé des années à nous hanter avec plus ou moins d'assiduité, il avait montré ces derniers temps une agressivité prononcée contre Jacques (il semblerait que sa jalousie n'ai rien perdu de sa force avec sa mort). Le pauvre amour ne pouvait plus sortir sans que cet irascible ectoplasme lui fonde dessus pour l'effrayer.

Et comme mon Jacques a le cœur bien accroché, ces apparitions le faisait sursauter, et encore ! Mais un soir, il sursauta trop loin. Et à nouveau, mon cœur se fendit en deux, me laissant déprimée et plus hargneuse contre Florian que je ne l'avais jamais été. Jacques se promenait près de la piscine lorsque Florian apparut derrière lui et lui cria un gros "BOUH !" dans l'oreille. Jacques sursauta, et …tomba dans la piscine… Il n'avait jamais aimé l'eau et il paniqua si vite qu'il coula à pic. Nous avons accouru pour le secourir, mais c'était déjà trop tard… Quelle douleur immense ! Pourquoi ma vie est-elle si douloureuse ? Cette année fut infernale, entre les révélations, le chantage, la trahison et maintenant la mort ?! Parfois je souhaiterais rejoindre mes deux maris désormais côtes à côtes pour l'éternité, et me reposer. Mais, la situation me le rappelle assez souvent, les vivants ont encore besoin de moi…

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Comme Lessa par exemple. Apprenant le décès de son beau-père et de l'immense chagrin qui m'accablait depuis, elle est rentrée à la maison avec armes, bagages… et amoureux, bien sur. Croyant me distraire, elle m'a raconté toute sa vie depuis son diplôme, le poste en recherche qu'elle a obtenu à la fac, ses expériences diverses et variées, toutes plus passionaaaaaantes les unes que les autres (et j'en sais quelque chose, elle m'a tout dit par le menu)… Et elle a conclut par :
-Tu vois maman, on a peut-être eu des mots toutes les deux, mais je n'ai pas hésité à tout lâcher quand Robinton m'a dit que ça serait bien pour toi d'avoir tous tes enfants à la maison. Et puis je me languissais un peu de ce coin de verdure si caaaalme.

O mon dieu, c'est sur, malgré "nos mots", je suis contente qu'elle soit venu, mais si elle avait pu laisser sa langue là-bas!!! Ça m'aurait fait des vacances… D'autant plus qu'elle me fait du souci, elle n'a pas cessé de voir ce fameux prof (je ne connais pas son nom, elle n'a pas osé me le présenter, elle le fait rentrer en douce dans la maison… je suis vieille, mais j'ai encore des oreilles). Je ne comprends pas, je l'ai observé par la fenêtre, je me demande s'il n'est pas plus vieux que moi, et je suis quand même dans ma 7e décennie ! De mon poste d'observation, j'ai presque entendu ses genoux craquer quand il s'est agenouillé devant elle, et je vous raconte pas quand il a du se relever. Mais à propos, j'y pense !! Pourquoi diable vient-il de s'agenouiller devant elle ?

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Je me sens fatiguée !! Entre les assauts de Sentil pour l'instant à peu près maîtrisés et le décès de mon tendre époux, je parvenais à retrouver petit à petit un équilibre, quand un nouvel événement nous bouleversa à nouveau. Robinton était dehors en train de cartographier le ciel quand une grande lumière verte a illuminé la maison. La famille s'est précipitée vers le point central qui avait l'air de se situer sur la terrasse où était Robinton (j'en suis même sortie de la douche toute nue, la honte !) pour constater… et bien qu'il avait disparu. Pendant 24 heures, ce fut la panique, police et tout pour le rechercher. Je soupçonnais vaguement Sentil, mais je ne le sentais pas pourvu d'assez d'imagination pour installer tous ces effets pyrotechniques.
Et le lendemain soir, Robinton a ressurgi du coin de la rue, complètement hagard et désorienté, ayant perdu tous souvenir des quelques heures venant de s'écouler. Rassuré d'avoir retrouvé mon enfant, j'ai quand même appelé le médecin pour m'assurer que tout allait bien (et à vrai dire, j'étais très inquiète par le vide immense dans ses yeux). Et là patatra, la nième mauvaise nouvelle… Les analyses ont révélé qu'un fœtus se développait dans son abdomen… Les docteurs sont perplexes et nous ont dit qu'à l'heure actuelle, il était impossible de l'ôter. C'est bien beau ça, mais quand il sera "à terme", ce fœtus, qu'est-ce qu'on en fera ???

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Puisqu'il faut l'appeler ainsi, appelons-la ainsi ! La "grossesse" de Robinton a suivi, disons, le cours normal d'une grossesse humaine. Il a toujours été hautement suivi par les médecins qui s'assuraient de la croissance du fœtus et d'un moyen de le sortir de là où il est. Parce que mine de rien, ça n'est pas pour rien si, dans l'espèce humaine, c'est la femme qui porte les enfants et moi je n'ai pas su avant la fin comment ils allaient faire, tous ces toubibs !!! Mon pauvre Robinton, que de mauvais sang me suis-je fait ! J'ai essayé d'imaginer l'atteinte à la virilité que cet état pouvait lui porter, mais que voulez-vous, je suis maman moi-même, la naissance est donc quelque chose de beau pour moi ! J'en ai parlé longuement avec Marilène, qui s'occupait de son petit Jancis tout en gardant un œil sur son époux. Elle aussi est très inquiète, nous avons doucement essayé de lui suggérer de voir un psy, mais rien à faire, il ne veut pas. Pour lui, une seule chose compte, c'est que personne ne sache, surtout ! Il pense que ça aggraverait nos problèmes avec les Cross père et fils. Mais qu'est ce qu'on y peut après tout ??? Il n'a pas choisi ça ! Enfin bon, Robinton a cessé d'aller au travail pour qu'on ne le voit pas dans cet état, et c'est moi qui doit lui ramener tous ses dossiers en cours le soir. Ça fait bien, pensez, c'est maman qui ramène les devoirs à son fils tous les soirs !!

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Alors que son frère venait à peine d'être admis en clinique pour "l'opération" (je suis morte d'inquiétude, personne ne sais toujours ce qu'ils vont lui faire… maudits charlatans !), je rentre chez moi un soir et qui je trouve en évanouie sur la moquette du salon ? Lessa, je vous le donne en mille ! Remarquez, je me doutais bien de ce qui se passait, il me semblait que sa taille s'était épaissie et qu'elle passait sa vie dans le frigo, comme Marilène à l'époque.
Avant d'appeler les secours, j'ai essayé de la réveiller par mes propres moyens, c'est à dire un aller-retour de gifles. Si ça, ça ne la réveille pas, j'appelle les pompiers…
Mais la voilà qui ouvre les yeux et regarde d'un air hagard autour d'elle, se demandant visiblement ce qu'elle peut bien faire par terre. Je l'aide à s'asseoir sur le canapé et je lui demande si elle n'aurait rien à me dire, des fois… Et là voilà qui fond en larme (c'est les hormones, ça…). Résistant à l'envie de lui coller un autre aller-retour pour la calmer, j'attends patiemment qu'elle reprenne ses esprits en lui tenant la main. Finalement, entre deux hoquets, elle finit par m'annoncer qu'elle croit bien qu'elle est enceinte. Sans blague ! Bon, il faut que je prenne la situation en main. Cette tête de mule, n'ayant pas osé me l'avouer, n'avait évidemment pas fait attention à sa santé et s'était épuisée au boulot, pensant que de toute façon, ça ne la fatiguerait pas tant que ça. Dès demain, je la surveille pour qu'elle ne travaille pas trop et puis on va s'occuper un peu de son congés maternité.

A force de la cajoler, j'ai fini par avoir le fin mot de l'histoire. Ma fille n'y connaissant rien en aventures amoureuses (forcément, elle ne s'y étais jamais intéressée !), elle a cru qu'avec un vieil homme comme son professeur, elle ne risquait absolument rien, donc elle ne s'est pas embarrassée de protection, et forcément, ce qui devait arriver, arriva… Ah là là, qu'est ce qu'il ne faut pas entendre, à notre époque !
 

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Ah, enfin, on m'a rendu mon Robinton entier, sans trop de séquelles physiques ! Les séquelles psychologiques, on verra sur le tas. Et il est rentré à la maison avec un adorable bébé… tout vert ! Personne ne s'explique cette paternité, ni la couleur de l'enfant, mais pour l'instant, cette petite fille est tellement mignonne… on s'en occupe pas trop. Moi, je coule des jours heureux avec mes petits enfants, Jancis et Meer, sans compter la petite fille à venir de Lessa ; m'occuper d'eux me redonne goût à la vie. Pendant que je leur apprends à marcher ou parler, au moins, je ne pense plus à mon Jacques, et au vide qu'il a laissé, ni au bras de fer que j'oblige Kier à avoir avec Sentil. Quoi que de ce côté, Sentil a l'air d'en voir des vertes et des pas mures avec ce vieux roublard de Kier ! Kier, avec ses 51% trône royalement au conseil d'administration de l'Orlithe, paraît nous mépriser Robinton et moi (c'est pour la bonne cause) et méprise pour de vrai Sentil. D'autant plus que ce dernier est dans un cul-de-sac, il manque de prises sur Kier pour l'obliger à vendre ses parts.

Moi, ça m'amuserait presque de regarder Sentil réfléchir à sa situation, on voit quasiment les rouages de son cerveau malfaisant tourner derrière son front épais… Mais ce qui m'amuse le plus, c'est de regarder Meer trébucher lorsqu'elle essaie de marcher pour me suivre partout. C'est tellement mignon à cet âge là !

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Et pendant ce temps là (mon dieu que ça file vite à mon âge), je n'ai pas vu que mon petit Sebell grandissait et était devenu un homme… Par contre, je m'interroge vraiment beaucoup sur lui. Je suis bien évidemment sure du contraire, mais parfois on dirait que ce garçon tient beaucoup plus de Florian que de Jacques… Nous revoilà parti avec le défilé des gens dans la maison, Sebell leur courant après et finissant avec eux, soit dans le lit, soit dans la fameuse baignoire Folamour de Florian. Et pour la bagatelle, il est comme lui, il ne regarde pas au genre… Homme, femme, m'a-t-il dit, quelle importance pourvu qu'on s'aime ?
Mouais, certes, s'il le dit. Ça ne me plait pas trop, mais je dois être vieux jeu, probablement.

Lui aussi à en juger par certaines de ses techniques de drague. Figurez-vous qu'il suit Karène (la femme de ménage) pas à pas dans toute la maison en tenant Meer dans les bras et en jouant au tonton désireux d'avoir des enfants… Mais c'est que ça a l'air de fonctionner car je crois bien que la demoiselle a fini dans son lit récemment…

A ma grande surprise, il m'a demandé s'il pouvait s'investir dans l'Orlithe Corporated, mais pas comme Robinton, bien sûr. Nous en avons discuté, et finalement, on a trouvé des idées intéressantes. Il aime tellement cuisiner (il a tout appris avec Jacques) que je lui ai débloqué des fonds pour qu'il crée son propre restaurant, et laissez moi vous dire que ça l'a enthousiasmé ! Mais maintenant, je me sens revenu quelques 40 ans en arrière, lorsque Florian était en cuisine et nous ramenait ses escouades de marmiton à la maison pour… enfin vous voyez quoi !

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Mais ça n'est pas croyable… Toujours pareil, à peine la famille retrouve-t-elle un équilibre que revoilà une catastrophe ! Alors que Lessa venait de donner le jour à la petite Menolly et me la tendait en refusant catégoriquement de donner le moindre biberon, Marilène n'est pas revenue du travail. Un peu paniqués, Robinton et moi avons appelé des amis pour la localiser, puis, juste avant qu'on se décide à donner l'alerte à la police, Lessa crie qu'elle a reçu un mail d'une personne inconnue contenant une photo de Marilène. Pauvre enfant, elle avait l'air enfermée dans une pièce sombre pleine de cafards sans nourriture fraîche ni de commodités, apparemment… Tout de suite, nos soupçons sont allés vers Sentil, et ils étaient justifiés car, lorsque nous sommes allés au manoir Cross avoir des explications, il nous attendait sur le perron de sa porte. Je me jetais sur lui, vociférant :
-Où as-tu mis ma belle fille, espèce de vautour ??!!
Oh, que je n'aime pas ce sourire narquois qui apparaît sur ses lèvres ! Sentil nous a regardé d'un air calme et nous a dit :
-Je ne nierai pas que je sais où elle est, certainement pas ici au passage, et j'irai droit au but : pas de police, et la condition pour que je vous la rende est que le vieux Kier Gray me cède des parts de l'Orlithe Corporated.
Me voyant prête à le déchirer, bec et ongles sortis, Robinton m'empoigna et m'amena directement chez Kier pour qu'on s'arrange avec lui. Celui-ci accueillit la nouvelle sans surprise, mais il avait prévu le coup et fait surveiller Sentil. Il connaissait donc les cachettes possibles. Et il ne s'est pas trompé lorsqu'il a fait envoyer des agents à lui dans une petite cabane à la frontière de Ruatho, cabane où nous avons retrouvé Marilène… malheureusement déjà morte.

C'est une tragédie, bien évidemment, mais ça nous a fait prendre conscience que Marilène était terriblement effacée et finalement, personne ne l'a pleuré très longtemps, Jancis y compris.

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Nous l'avons tout de même ramenée chez nous et enterrée dans le cimetière familial. Mais que ce soit sa captivité ou notre deuil express, il y a quelque chose qu'elle n'a pas digéré ! Car son fantôme sort presque toutes les nuits et nous met toute la maison en émoi ! On m'avait dit que les fantômes ne savaient pas monter les escaliers, et bien je vous confirme que si ! Elle n'a eu de cesse de monter là-haut sortir les enfants du lit jusqu'à ce qu'on se débarrasse de son ancien lit qui semblait l'attirer là-haut comme un aimant. Et vas-y que je te hante le micro onde, les chaises, les lampes, que j'allume la télé ou l'ordinateur ou encore que je te pille le frigo ! Je regrette vraiment d'avoir dit de Florian que son fantôme était caractériel ! Lui au moins reste dehors ! Quant à Jacques, on a vu son fantôme traîner une fois autour de la piscine mais il a disparu avant que j'arrive. Depuis, il n'a pas réapparu, sans doute par égard pour ma tristesse…

En tout cas, pour Marilène, on ne sait pas encore quoi faire. Si elle continue à être insupportable, on renverra son cercueil à sa famille, ou alors, on utilisera un des outils de travail de Lessa, un téléphone qui paraît-il, est relié directement avec la Mort, et permet de négocier la résurrection de nos être chers. Evidemment, Lessa est très emballée par cette idée, mais moi, je ne suis pas bien chaude. Les morts et les vivants, chacun à sa place ! Mais il faut vraiment qu'on fasse quelque chose, on dirait vraiment qu'elle en veut à Meer particulièrement, la pauvre petite a loupé plusieurs jours d'école. Forcément, Marilène la sort du lit 4 fois par nuit alors le matin, son petit visage vert est tiré et, sous ses yeux bleus (héritage Orlithe, sans doute), y'a des cernes jusqu'à par terre…

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Enfin, on s'organise comme on peut… Robinton, avec l'âge, a pris de l'autorité sur le fantôme de feu sa femme et on a au moins obtenu qu'elle ne monte plus. Il n'y a que Lessa qui dort en bas, il n'y a rien qui lui plait mieux que de se faire sortir du lit par des hurlements sinistres. Elle se lève fatiguée mais de super bonne humeur… Ou alors, elle ne dort plus et passe la nuit sur un divan avec un bouquin, guettant les allée et venues des habitants de notre caveau familial. Je lui ai bien dit qu'elle aurait d'autres choses à faire, comme par exemple s'occuper de sa petite fille qui, depuis que JE lui ai appris à parler, ne cesse de me demander "où est maman ?". Qu'est ce que je peux lui répondre? Elle chasse les fantômes ? Elle n'a pas de temps pour toi ?

Malheureusement, Lessa a clairement montré son désintérêt pour Menolly, ce qui me fait fulminer de rage. On reconnaît bien les gênes du père, là ! Pas question pour elle de changer des couches ou de donner des biberons, c'est pour les petites gens tout ça. Et puis, comme elle m'a dit :
-Maman, un bébé ne m'intéresse pas, ça crie, ça ne parle pas, je préfère attendre qu'elle grandisse un peu, elle sera bien plus intéressante…
J'en suis restée clouée… Je n'ai même pas su quoi répondre… La seule chose de bien, c'est que depuis la naissance de Menolly, le fameux professeur n'a pas réapparu à la maison. Je soupçonne une dispute d'amoureux et un refus d'assumer une paternité très tardive. Enfin, "c'est bien", façon de parler. Heureusement pour Menolly qu'elle a des oncles et des cousins pour s'occuper d'elle. Jancis particulièrement, s'en occupe très bien, mais je soupçonne les mêmes raisons que Sebell. Il est loin d'être comme son père celui-là, il court tous les jupons. Et je n'ai pas honte de dire que son physique en fait un concurrent plus que sérieux pour Sebell, même à son jeune âge.

La troisième génération

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Oh là là, là là… Pas moyen de finir tranquillement ce que je fais… Je lavais tranquillement le bébé quand j'ai du en toute hâte sortir Menolly de l'eau car je ne me sentais pas très bien. A tel point que j'ai cru entendre comme une douce musique hawaïenne… Etrange… Tous les membres de ma petite famille ont monté l'escalier 4 à 4 pour assister à mon départ vers l'autre monde… Je vais enfin rejoindre mes maris (surtout Jacques), et grâce à Marilène, je n'ai pas peur car je sais que la vie après la mort peut être étonnamment riche. Tandis que je fermais doucement les yeux, j'ai vu tous mes enfants en train de pleurer, qui leur mère, qui leur grand-mère. Même si l'Orlithe Corporated est en difficulté depuis ces dernières années avec cette fouine de Sentil qui s'incruste, je vois maintenant que j'ai réussi une partie de mon pari sur la vie. Je les vois tous pleurer, mais j'ai envie de leur dire d'arrêter, de me regarder, je suis si heureuse de les voir tous là. Bon, il n'y a que Sebell, qui vérifie entre ses doigts que les Hulas accompagnant la Mort voient avec quelle élégance il manifeste son chagrin… Humpf, de toute façon, je crois bien que c'est peine perdue, les demoiselle sont là pour faire leur boulot et ne le regardent absolument pas.

La deuxième partie de mon pari, il reste la famille et les générations à venir pour le gagner. Je fais confiance à Robinton, à Kier et à son fils Lios pour nous sortir de la galère.

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Comme je vous le disais, j'ai tranquillement pris mes quartiers définitifs au caveau familial, avec à ma droite, Jacques, à ma gauche, Florian, et devant Marilène. Jacques était enchanté de mon arrivée, il en avait marre de se disputer avec Florian. Ce dernier passe toutes ces nuits dehors depuis que je suis là. Boh, ça lui passera. Quant à feu ma bru, j'ai resserré la vis : il faut qu'elle arrête de pourrir la vie des vivants ! On n'est pas sûrs que Meer s'en remettra jamais et l'équilibre psychologique de Robinton est tellement fragile depuis son "accouchement"… J'ai peur qu'il ne tarde pas à nous rejoindre… Il a l'air tellement malheureux et mal dans sa peau. Je voulais que nous en parlions, mais maintenant, c'est un peu tard. Si seulement Lessa voyait quelque chose ! Ils étaient si complices étant jeunes, tout ne peut pas avoir disparu. Il faut que je trouve les limites de mon état de maintenant pour pouvoir les influencer tous dans la bonne direction.
A commencer par Sebell d'ailleurs ! Ce coureur vient de me ramener Abdel junior, le fils de l'Abdel qui a en partie détruit mon mariage. Abdel junior est un gentil garçon, on se connaissait un peu, il a voulu me présenter ses respects et là, paf, Sebell profite de son chagrin pour lui sauter dessus et le réconforter.

Oh, là haut, ça vous embêterait de vous bécoter ailleurs et par la même occasion de ne pas nous piétiner ???

Bon, moi je vais me reposer un peu. Après toutes ces années, je l'ai bien mérité. Oh, rassurez vous, je vais continuer mon histoire d'où je suis, on y est pas si mal une fois qu'on s'est habitué à l'odeur de la terre. Mais peut être de temps en temps passerai-je la parole à ma descendance, histoire de prendre des vacances…

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Regardez moi cette adorable jeune fille ! Et dire qu'on s'est tant inquiété pour elle. Et oui, quand on a du l'envoyer à l'école, Robinton et moi, nous avons longuement hésité : école "normale" ou percepteur ? On avait terriblement peur que sa peau verte lui pose un nombre de problèmes considérables, que ses copains, voire la maîtresse, soient méchants avec elle… Mais c'était compter sans elle. Meer a dit que là ou son frère Jancis allait, elle irait. Non pas par amour ou autre (attention, ils s'adorent tous les deux, c'est très drôle de le voir jouer le grand frère protecteur), mais parce que ce qui a été normal pour son frère devait l'être pour elle. C'est qu'elle n'a pas froid aux yeux la gamine ! Alors, on a accepté de la mettre à l'école, mais pour un temps, seulement, car si ça devait tourner mal… Et bien figurez vous que les petits de notre quartier sont drôlement tolérants, car on n'a eu aucun problème, et Meer a fait toute sa scolarité en petite école, collège et maintenant lycée sans heurts, et avec de plutôt bonnes notes. Elle est à l'âge où on commence rêver de petits copains ou autres, mais son truc à elle, apparemment, c'est plutôt les ami(e)s. Incroyable le nombre de lycéens qui piétinent notre pelouse, maintenant…

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Mmmhh, que c'est agréable de se balader sous forme ectoplasmique, les cheveux dans le vent. Surtout que la journée, on est tranquille, les vivants ne nous voient pas.
Mais, que vois-je ??? La notion du temps change singulièrement dans un cercueil ! Je croyais avoir fermé les yeux 5 minutes et en me réveillant, qu'est-ce que je vois ? Une maison rebâtie de la cave au grenier ! Et quand je dis rebâtie, c'est que ça a tout bien été démoli avant… Mais qu'est-ce qui leur a pris de dilapider leur héritage comme ça pour ça…
Je m'engouffre donc par la fenêtre pour voir ce que fait ma petite famille, et j'entends la voix de Lessa, qui s'exclame :"- MMMmmmh, tout ce bois résineux, qu'est-ce que ça sent bon, dans cette maison maintenant !"
Je renifle un peu l'air avant de me taper sur la tête et me souvenir que je ne peux ni sentir une odeur ni même me taper sur la tête. Comme j'entends toujours (allez savoir pourquoi !), je tends ma transparente oreille:

"-Oui, c'est tellement agréable d'avoir tout retapé. Cette maison était trop chargée de trop de souvenirs pour qu'on puisse continuer à y habiter. Bon, ça a coûté cher, mais ça aurait été pire si on avait changé de terrain…"
Ça parle de sous, ça, c'est mon Robinton ! Tiens, à qui appartiennent ces chaussures qui claquent gaiement sur le parquet tout neuf ? Je me contorsionne pour voir, mais je ne suis pas tout à fait à l'aise avec mon enveloppe "spirituelle".
"-Mais tonton, de toute façon, Mamy, elle voulait pas partir ! Elle m'a raconté que ici, c'était à sa maman et qu'il ne fallait jamais partir !"

Oh, ma gentille petite Menolly ! Quel amour ! Si seulement sa mère s'en occupait mieux…

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Humpf, car elle s'en occupe, mais à sa façon ! Je me souviens, Lessa, de ce qu'elle m'avait dit, qu'elle s'occuperait de Menolly quand elle serait plus grande et plus intéressante. En attendant, c'est boulot, boulot, boulot. La petite entre à peine en petite école et nous revoilà avec le cinéma de l'école privée… Et tant qu'à faire, ce sera pour les trois gamins. Robinton, lui s'en fout, il est content quand Jancis et Meer obtiennent des bourses pour la fac, il n'en demande pas plus. C'est que lui ne voit pas comme Lessa fait bosser toute cette famille. A peine rentré de l'école, on renvoie les copains éventuels, on s'occupe de soi le minimum social et c'est parti pour les devoirs et les compétences extra-scolaires. Ils seront malheureux, tous ces gosses à faire ça.
Mais en même temps, personne ne peut critiquer Robinton… Tout son temps disponible, il le passe avec Lios (le fils de Kier) à chercher des solutions pour contrer Sentil. Ah oui, je ne vous ai pas dit… Les anciens ont cédé la place. Peu après mon décès, Kier a rejoint sa femme dans l'au-delà, et Jommy a finit lui aussi par casser sa pipe. Rupture de stock d'élixir de vie, paraît-il. C'est bien dommage qu'il soit enterré si loin, celui-là, je lui aurais bien botté son derrière osseux !!

Enfin bref, les anciens ont passé la main à la génération suivante (je ne dis pas aux jeunes car malheureusement, ils ne sont pas SI jeunes que ça). Le peu de temps qu'il reste à Robinton, il le passe avec Meer et Jancis, et un peu à se moquer de Sebell.

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Et je ne vois pas pourquoi d'ailleurs ! Le resto fonctionne plutôt bien, et fait rentrer de l'argent dans la famille… Sebell pense même à lancer une chaîne de restaurants : les HipopoSimus.
Je sais bien, ce qui fait surtout rire Robinton, c'est les galipettes de son demi-frère. Mais il est injuste là aussi, car je serais prête à parier que Robinon n'a jamais connu que Marilène. Alors que mon petit Sebell ! Quel bagout, quel charme ! Je ne sais plus à combien de partenaires il en est, mais c'est un joli score (6 ou 7, me semble-t-il…).
Je crois que la dernière en date, c'était Gallice Gray, la petite fille de feu Kier. Ils s'entendaient plutôt bien tous les deux, à l'adolescence, et on dirait bien que leur relation a tenu avec le temps. Quoi que, ça ne me paraît pas plus sérieux que d'habitude. Sebell, je n'en parle même pas, et la demoiselle, avec son béret sur ses cheveux roux, a elle aussi l'air de chercher partout ailleurs.
Il a juste beaucoup de mal à tout cacher à Kérine. Elle vient tous les jours faire le ménage à la maison et ne refuse jamais quand Sebell lui propose "une petite baignade dans le jacuzzi". Lui a l'air d'être totalement obnubilé par ses jambes et les bas qui dépassent de sous sa jupe, alors il ménage sa sensibilité pour pouvoir en profiter. Mais c'est compliqué car comme la maison est grande, Kérine reste parfois jusqu'à 17 heures (surtout quand Jacques est sorti prendre l'air la nuit précédente, il a une fâcheuse tendance à laisser de l'eau partout) et Sebell doit aller se planquer au fond du jardin pour draguer ses invités.

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Tenez, la voilà la demoiselle Gallice. Je crois que c'est une photo que Sebell a pris alors qu'il était passé "lui faire coucou" (je n'y peux rien, c'est les mots qu'il a employés lorsqu'il est rentré !). Je comprends bien son attirance à mon garçon, elle est plutôt jolie, la gamine. Et puis, elle est volontaire aussi !
A cause de l'arrangement que j'ai eu avec son grand-père, nos familles sont inextricablement liées et Gallice, Lios et Robinton relèvent admirablement le défi. Car, et oui, Gallice s'intéresse de près à l'Orlithe Corporated. Bien sur, comme Lios avant elle, elle héritera des parts que j'ai vendues à Kier au décès de son père, mais quand même, je trouve que ça traîne, moi. Il ne va pas leur falloir dix générations d'Orlithe, de Gray et de Cross pour récupérer l'Orlithe Corporated, tout de même !

Enfin, en attendant, ils font ce qu'on appelle des "brainstorming". Ils se réunissent avec une partie du conseil d'administration (sauf Sentil, vous pensez bien) et réfléchissent, réfléchissent et réfléchissent. Je suis allée un peu écouter aux portes, mais les solutions proposées sont trop fantaisistes. Monter des commandos pour fouiller la maison, enlever le jeune fils de Sentil, Mortim, lui faire perdre la mémoire (comment diable veulent-ils faire ça ?), j'en passe et des meilleures ! Y'en a un qui a tenté de suggérer le meurtre, mais Robinton a dit non tout de suite. On en avait parlé tous les deux, avant mon décès, et on était tombé d'accord. Il ne faut pas lui ajouter un meurtre sur la conscience. Et plus j'observe Robinton, plus je suis sûre que ça serait effectivement de trop. Il est terriblement fatigué, ça se voit.

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Quant à mes petits-enfants, ils ne sont au courant de presque rien. Ce que je trouve d'ailleurs complètement absurde vu l'état de santé de Robinton. Faudrait peut-être les mettre au parfum avant que Robinton ne nous rejoigne ! Remarquez, je peux comprendre. Qu'est-ce que vous voulez qu'ils aient le temps de se tenir au courant de l'état de l'entreprise (qui reviendra quand même un jour à l'un d'entre eux !) alors que Lessa les mène à la baguette et les fait trimer comme des ânes ! Mais je persiste à dire que ça finira mal. Ces gamins ne peuvent pas être heureux comme ça !

D'ailleurs, Menolly est des plus taciturnes et je n'aime pas les regards qu'elle a envers sa mère, il sont indéchiffrables et dérangeants. Meer, elle, obéit à sa tante à contrecoeur, ça se voit bien ! Elle est déprimée car elle ne peut plus jamais amener ses amis à la maison, et quand ça va éclater ! Mes aïeux, ça ne sera pas drôle ! C'est qu'elle a du caractère, notre jeune fille toute verte !

Quant à Jancis, il fait sagement ce qu'on lui dit, mais je crois bien que ça n'est que façade… Je me demande s'il ne sort pas régulièrement par la fenêtre, la nuit (le problème, c'est que je ne peux pas hanter partout à la fois, moi !). Et puis, s'il aime son père, je dirais qu'il s'entend comme cul et chemise avec Sebell. Me demande si c'est pas pour se raconter leurs dernières conquêtes…

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Ben oui, quoi, on peut pas hanter le four et le moulin en même temps ! Pour Jacques et moi, c'est presque une seconde jeunesse… on flotte tranquillement main dans la main, trente centimètres au dessus du sol, en se regardant dans les yeux comme avant…
Ah là là ! Là, on visite notre ancienne chambre. En reconstruisant, les enfants l'ont faite passer à l'étage, c'est plutôt sympa, ça donne sur la terrasse.
D'ailleurs, ils ont mis toutes les chambres à l'étage. Sans doute pour éviter les fantômes !! Quand j'ai dit ça à Jacques, on s'est tordu de rire tous les deux… Oooups, je crois bien qu'on a réveillé Menolly, d'ailleurs, on n'a pas été très discrets…
On a bien fait tout le tour de cette nouvelle maison toute la nuit. L'ancien garage a répèt' a ENFIN été tapissé. J'ai bien cru que ça resterait des murs nus jusqu'à la fin des temps.
Bon, là, on va y aller, y'a Jacques qui a inondé le palier du premier, ils vont tous être énervés en se levant, et ils vont encore râler contre nous… Déjà que Marilène a failli être déménagée pour cause de mauvais comportement…

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Oh mais qu'est ce qu'elle vient faire, celle-là ??? Vous la reconnaissez, peut-être, c'est Nehallia, femme de feu Jommy Cross. Traîtresse !! Ah, elle m'a bien eue avec tout ses blabla sur la maladie et le regret d'un vieil homme !! Reste ici jusqu'à la nuit, ma jolie, et tu vas voir la frayeur que je vais te faire !
Ah mais attendez… Alors que je m'approche, j'entends ses paroles, et finalement, je suis émue. Elle a refusé d'entrer dans la maison, et ne veut pas s'attarder. Si j'ai bien compris, elle préfère parler à Jancis car elle craint un peu Robinton depuis le coup de traître que Jommy nous a fait.

-Jancis, on ne se connaît pas, je crois, mais je voudrais que tu transmettes un message à ton père, de la part de Nehallia Cross.
-Mme Cross !! Je ne vous connais pas, mais je connais l'histoire de ma famille ! Comment osez-vous vous présenter ici ?
-Ecoute, j'en ai honte, mais mon message sera bref. J'ai été bien malgré moi l'artisane d'un complot que je renie. Pour que je joue correctement mon rôle, Jommy m'a fait croire aussi qu'il était malade et qu'il voulait revoir Moreta. J'ai agit selon mon cœur en venant ici la première fois, mais j'ai été horrifiée de voir ce qui s'était passé !
-Bien sûr, vous allez me faire croire que vous n'étiez au courant de rien !
Elle baissa la tête, les larmes aux yeux.
-J'ai follement aimé Jommy dès le premier instant. Et j'ai cru que c'était réciproque jusqu'à ce que je lui donne un fils. A partir de là, je n'ai plus été qu'une décoration attractive pour lui. Et accessoirement, l'outil de basse manœuvres.
Jancis la regarda longuement. Finalement, on vit dans ses yeux qu'il la croyait. Et moi aussi. Elle respirait autant la sincérité que lorsqu'elle était venue ici la première fois.
-Très bien, je transmettrai votre message à papa
-Merci. Dis lui bien que je lui demande pardon. Je pars de Ruatho, mais dis bien à ton père de se méfier de Sentil…

Ça, on s'en serait douté !

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Jancis a correctement transmis le message, mais Robinton n'en a pas plus été ému que ça. Certes, Nehallia n'avait pas agi en pensant à mal, mais le résultat était là malgré tout. Ah, mon Robinton, toujours aussi dur. Ça se voit qu'il ne l'a pas vu pleurer.
Enfin bon, notre Jancis n'a pas paru démesurément traumatisé par tout ça. Alors que Lessa était au boulot (je les ai entendu l'appeler Tata Glaçon…. Oooh, c'est pas très gentil, mais c'est rigolo !), il en a profité pour inviter la copine du moment, une certaine Sophie Miguel. Humpf, les Miguels, je voudrais pas être médisantes, mais c'est toutes les mêmes, depuis qu'on est installés dans le quartier. Des allumeuses, voilà ce que c'est ! J'ai même entendu dire qu'elles ont de la famille dans d'autres villes et qu'elles ne font pas mieux. Elles mènent toutes les hommes par le bout du nez !

Quoi que, avec mon Jancis, c'est pas pareil. Lui, il fait comme son oncle Sebell, il vise la quantité. Alors si le boulot est facilité, en plus… Que demander de mieux ?
Derrière, on peut voir Meer. La pauvre enfant, ça ne va plus du tout. Ses copines, effrayées par Tata Glaçon, disparaissent les unes après les autres. Alors, elle lie connaissance avec les gens que ne peux pas chasser Lessa, car ils travaillent chez nous. Comme Karène, quand elle n'est pas dans les bras de Sebell, ou Léo, le jardinier.

29 octobre 2006

Frasques de Lessa et Sebell

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Tata Glaçon, qu'ils disent ??? Et bien, ils n'ont pas très bien regardé, je crois. Le papa de Menolly opérant un fort peu diplomatique silence radio depuis des années, Lessa a décidé de se trouver un autre mentor, le directeur de l'école des enfants. Apparemment, ça n'est pas très satisfaisant, car je l'ai entendu dire à table, il n'y a pas si longtemps :
-Oh, Boris, bien sûr, il dirige l'école privée du quartier, mais ça n'est pas comme Thibault. Lui pouvait me parler des heures de physique quantique et d'orbitales électroniques, on n'épuisait jamais le sujet…
Robinton opina poliment, habitué aux discours de sa sœur, quelque peu mystiques pour tous. Mais je riais de voir Jancis et Meer échanger un regard de totale incompréhension. Des orbitales quoi ???
Sans que personne ne lui demande, Lessa continua (ça a toujours été son problème majeur, ça) :
-Avec Boris, je suis redescendue à de la mécanique du solide et de la chimie organique. Bon, c'est sur, ça m'entretient les neurones, mais je regrette vraiment que Thibault ne soit plus des nôtres…
Mais qui est allé lui mettre ce bobard dans la tête ?? Sûrement Sebell, pour avoir la paix et ne plus entendre les soupirs mélodramatiques de Lessa lorsqu'elle regardait l'écran de son téléphone portable désespérément muet…
Enfin, de ce qu'on en voit ici, le Boris, il a beau ne pas être à la hauteur, il a quand même l'air de bien lui plaire. Bon, je ne comprends toujours pas, pour l'âge. Certes, Boris, lui, n'a pas le triple de l'âge de Lessa, mais il doit bien en avoir 20 de plus ! Qu'est ce qu'elle a donc avec les hommes murs ? Peut être un problème oedipien non résolu, ça…

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Et voilà, toute à sa nouvelle amourette, elle ne prête quasiment plus attention à sa fille. Tout ce qui lui importe, maintenant, c'est d'être la meilleure partout ! Qu'est ce que ça veut dire, ça ? Si elle n'a pas la grosse tête, je ne m'appelle plus Moreta !
La pauvre Menolly est obligée de ruser pour recevoir un peu d'attention de sa mère. Et encore, il faut voir le genre d'attention !

Menolly accoure à l'échiquier dès que sa mère s'y installe (c'est à dire dès qu'elle a 5 minutes), et lui demande la permission de jouer avec elle. La plupart du temps, Lessa accepte, car elle sait que les échecs, ça forme la bosse des maths, et c'est ce qu'elle cherche pour les enfants de la maison. Alors les voilà parties pendant des heures interminables d'échecs, ponctuées de sèches remarques de Lessa : "Ne fais pas ça, n'avance pas ton pion ici, tu vas le perdre, bouge ta reine, échec…".
Pauvre petite. Je l'ai entendu se confier à son oncle Sebell, l'adulte avec qui elle s'entend le mieux (si on peut considérer comme adulte un homme qui ne rêve que d'avoir 10 liaisons simultanées… Naaaaan, je ne dis pas ça méchamment, mais je connais bien mon garçon !).

-Tonton, pourquoi maman elle m'aime pas ?
-Ma petite puce, ta maman t'aime. Elle a juste une façon particulière de le montrer.
-Oui, mais elle me parle que quand on joue aux échecs et pour me faire faire mes devoirs. Tu sais bien, tonton, que je guette quand elle va jouer aux échecs pour aller avec elle.
-Et bien continue à jouer avec elle, et petit à petit, dis lui ce que tu ressens.
La petite fille a baissé la tête d'un air désespéré…
-C'est sur, tonton, c'est une bonne idée… Mais je déteste jouer aux échecs !!!

OOOOOhhhhh, pauvre petite, si seulement j'arrivais à la consoler !

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Oh miséricorde ! Maintenant, j'ai une furieuse envie de botter les fesses de Lessa ! Que c'est frustrant d'assister et de ne pas pouvoir faire tout ce qu'on veut ! J'ai tellement tempêté que Jacques s'est levé et est venu voir ce qui se passait.

Comme d'habitude, Lessa avait collé Menolly devant la télé. Oh non, pas pour la distraire, pensez, elle est plus fourbe que ça ! Elle la laisse des heures devant Miam-TV pour que la petite "apprenne sans s'en rendre compte". Tu parles qu'elle ne s'en rend pas compte, Menolly, je l'ai vu passer des après midi entiers devant cette chaîne, et on sait tous qu'au bout de 10 minutes, voir la présentatrice couper le cou de poulets vivants, ça vous amène l'estomac au bord des lèvres !
Et pendant ce temps, cette mère indigne (et je pèse mes mots) invite son Boris et ils commencent tranquillement à se bécoter dans le salon, sous les yeux de tous le monde !
Alors Robinton, ça l'a laissé indifférent, forcément, il commence à être blasé par les frasques de sa sœur, mais la pauvre petite Menolly a fondu en larmes ! Comme elle l'a expliqué à Meer qui est venue la consoler pendant que Lessa partait dîner en ville avec Boris :
-Maman, de toute façon, elle aime mieux le vieux monsieur de l'école que moi ! Elle lui a fait plein de câlins, elle discute de plein de choses avec lui et elle passe plein de temps avec lui !!!
Pauvre petite, elle a débité tout ça dans les bras de Meer, la voix entrecoupée de sanglots déchirants. Et personne n'a rien fait quand Lessa est rentrée ! Mais ils ont peur d'elle ou quoi ?

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Ben voilà, à force de chercher, Sebell a fini par trouver les problèmes… Forcement, il ramène sa dernière conquête à la maison, il lui fait visiter la jacuzzi, et tout ça pendant que Kérine fait le ménage à la maison.
Alors là, forcément, on est tous sortis du cimetière pour regarder la scène : ce furent cris, grandes eaux et menaces en tout genre… Je me pose quand même deux questions :
A quoi s'attendait–elle ? Sebell est un coureur notoire, tout le quartier se tient au courant de la dernière conquête en vogue… Mais surtout, pourquoi une scène pareille ? Après tout, ils ne sont ni fiancés ni mariés, ces deux là (le jour où Sebell se mariera, les papillons auront des bretelles, croyez-moi). Je vous assure, elle en était presque à le menacer de divorce. Ce qui aurait fait une belle jambe à Sebell, ça c'est sûr !
Bref, Kérine a fini son boulot, reniflant régulièrement et marmonnant des imprécations contre Sebell. Je crois bien que si elle n'est pas partie tout de suite en claquant la porte, c'est qu'elle aussi doit avoir un peu peur de Lessa. Sebell était bien ennuyé, il a du partir au boulot avant de pouvoir s'expliquer avec elle, et le soir, il ne faisait pas le fier. C'est qu'il l'aimait bien, sa Kérine, avec ses longues jambes, et il réfléchissait déjà à un moyen de la reconquérir…
Quant à la personne avec qui était Sebell et qui a provoqué le drame, je n'en dis pas plus, mais je crois bien qu'à la surprise générale, c'est Sebell qui va sortir l'Orlithe Corporated du marasme où elle se noît…

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Alors celle-là, elle est bonne ! J'ai entendu Sebell téléphoner à Kérine le soir même pour l'inviter à passer à la maison. Donc, je me suis tranquillement installée derrière la fenêtre pour voir comment il allait bien pouvoir s'y prendre pour reconquérir la belle…
Et le voilà affublé de ces ridicules lunettes… Je me revois, encore toute jeune, après la pire des disputes que j'ai eues avec Florian. Il était venu me susurrer des mots doux dans l'oreille et en me retournant pour lui dire de dégager, je m'étais pris le coin de la monture dans l'œil… La discussion ne s'était guère améliorée quand je lui avais demandé ce qu'il fichait avec ces horreurs sur la figure. J'en rigole encore, je me souviens, tout gêné, il m'avais raconté qu'on lui avait vendu ça en prétendant que ces lunettes sont couvertes de phéromones qui font tomber les femmes.
Sebell a dû aller fouiller dans le grenier sortir ces machins de vieux cartons et les essayer sur Kérine… Mon dieu que c'est drôle… On dirait vraiment Florian.
Et, oh, attendez… Ah oui, c'est bien ce que je pensais… Ces lunettes ont autant d'effet sur Kérine qu'elles en avaient eues sur moi à l'époque… Ouch, elle a du faire mal, cette baffe là ! Et voilà Kérine qui s'en va en claquant la porte en en hurlant, depuis le jardin (quel manque d'élégance, tout de même):

-Sebell ! Je ne reviendrai ici que lorsque tu seras prêt à t'engager dans une relation sérieuse avec moi ! Je ne veux plus faire mon travail de bonniche, je veux être ta femme ! Mais tant que tu ne m'auras pas prouvé ton amour, ne cherche plus à me voir

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Regardez moi ces deux là qui rigolent sous cape pendant que Sebell revient penaud vers la maison ! Attention, faut pas s'y tromper, Robinton n'est pas du tout en train de viser pour tirer, mais il est mort de rire et tente de le cacher tant bien que mal. Mon pauvre Sebell… Mais c'est vrai qu'en même temps, avec la sortie que vient de nous faire Kérine, y'a franchement de quoi rigoler !! Menolly, qui joue avec son oncle, n'en perd pas une miette ! Elle est maligne, la petite, et fait semblant d'être sérieuse. Quoi que, pourquoi je dis petite ? Je m'obstine à les voir encore enfants, et c'est une belle jeune fille qu'on a ici.

Belle jeune fille, mais avec du caractère. Je pensais que c'était Meer qui en avait le plus, mais finalement, Menolly joue les bravaches depuis quelques temps. Probablement la crise d'ado qui commence… Par exemple, alors que Lessa continue à jouer les gardes chiourmes avec les deux autres, Menolly n'en fait qu'à sa tête. Comme elle a dit à Sebell avant-hier :
-Puisque maman ne s'est jamais comportée comme une vraie maman, y'a pas de raison que je sois la bonne fi-fille de la maison.
Et elle s'y tient ! Alors que lieu de rester des heures à bouquiner des trucs super compliqués comme le faisait Lessa à son âge, nous voilà avec une jeune fille qui prend soin d'elle, qui se pomponne, qui se change 4 fois avant de sortir (je vous raconte pas les hurlements quand il s'agit de mettre l'uniforme scolaire), qui fait tourner la tête de tous les jeunes garçons du quartier… et qui adore ça !! Ah là là, encore une coureuse à la maison. Avec Sebell et Jancis, on était pourtant largement servi !

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Oh là là, là là ! Marilène, calme toi un peu ! Jacques et moi, on s'est arc-boutés pour la retenir de faire peur à Jancis, mais Marilène devient vraiment ingérable !!

Je sais pas, je crois qu'au début quand je suis arrivée, je l'ai un peu calmée, mais on dirait qu'elle se sent à l'étroit maintenant là-bas. Elle n'arrête pas de gigoter, de tourner, elle se lève… Je crois qu'elle est super jalouse de ma tombe en plus. C'est vrai qu'elle est plus belle que les autres, mais bon, c'est de ma faute à moi ? J'ai laissé un gros héritage, les enfants pouvaient quand même bien m'offrir une jolie stèle !! C'est pas une raison pour me la tourner 4 fois par nuit !

Cette petite peste, en plus, n'attaque pas les gens au hasard ! Elle doit en vouloir spécifiquement à Robinton car c'est lui qu'elle effraie le plus, et ensuite, c'est pour Jancis et Meer. Pas possible ça, je veux bien qu'elle a eu une mort violente, mais c'était pas notre faute, tout de même. Faudrait voir à recadrer les responsabilités dans l'affaire. Quand on a enfin réussi à la calmer, on lui a parlé de ça, Jacques et moi, mais fichtre, elle ne veut rien savoir. Elle ne peut pas nous accuser directement de sa mort, mais quand elle nous dit : "Vous ne vous êtes quand même pas trop pressé d'aller chercher les parts et les actions de Kier pour les donner à Sentil !!!". Malheureuse enfant… Vu la rapidité à laquelle elle est morte… ça n'aurait rien changé. Mais il faut quand même qu'on la retienne. Robinton a l'air d'aller de plus en plus mal, il faut le ménager. On va contenir un peu cette garce…

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Regardez moi ça… On dirait que toute la maison a pris conscience que Robinton est de plus en plus fatigué. Alors tout le monde est aux petits soins pour lui faire plaisir.
Comme personne n'ignore que Robinton rayonne de fierté chaque fois qu'un de ses enfants décroche une bourse à la fac, ils s'y sont tous mis d'arrache-pied, à bosser jusqu'à épuisement. Menolly s'y est mise elle aussi pour faire plaisir à son tonton qu'elle aime bien, et pour encourager son frère et sa sœur. Je vous raconte pas comme ça fume, les cerveaux !! Alors, ils utiliseraient bien la machine qu'on a dans le jardin et qui vous retape tout d'un coup, ou encore le casque bizarre de Lessa pour apprendre plus vite, mais voilà… Après des semaines de guérilla signée Tata Glaçon, ils sont tous d'une humeur de chien, sans arrêt aux bords des larmes… Et si on pleure, avec ces appareils électriques, on sait jamais ce qui peut se passer…
Quant au Général Glaçon, elle est positivement ravie ! Elle croit avoir ramené toutes ses ouailles dans le droit chemin, et en saute de joie. D'un pas quelque peu alourdi, quand même… Je me demande si on n'aurait pas un nouvel Orlith génération 3 en route. C'est pas possible, ça, elle a bien du apprendre à un moment de sa vie comment se protéger. Je sens qu'on va avoir un nouveau drame, un père en fuite…

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Et Sebell, lui… Heu… Ben… On va dire que lui aussi participe au bonheur de son demi-frère en lui offrant de belles occasions de se moquer. Et là, faut dire, y'a matière… Mais qu'est ce que c'est que cette blonde décolorée, barbouillée de maquillage et refaite de partout qu'il vient de se trouver ? Surtout que ça a l'air de drôlement marcher entre eux deux…

Je vous raconte pas quand il a raccompagné la dame (?) à l'entrée et qu'il a fait son retour triomphal dans la maison. Robinton n'en pouvait plus et se tenait les côtes de rire. Entre deux cris, il a réussi à demander à Sebell :

-Mon vieux, je crois que c'est encore plus drôle que quand tu ramènes des mecs ! Mon père, au moins, ne nous l'avait jamais faite celle là !! Non mais tu as vu à quoi elle ressemble ??? Elle a un pot de peinture sur la tête, c'est à peine si elle n'a pas coloré l'eau du jacuzzi en faisant trempette.
Jancis écoutait cette diatribe d'un air douloureux. D'habitude prompt à défendre Sebell, le malheureux ne trouvait rien à dire. De toute façon, Robinton ne s'arrêtait pas :
-Et puis attends, je suis sure qu'elle est bien plus vieille qu'elle n'y paraît, elle a l'air d'être une adepte de la fée esthétique, quoi que là, c'était pas une fée, c'était une sorcière !!!
Alors que Robinton paraissait prêt à se rouler par terre, Sebell l'interrompit d'un ton cassant :
-Robinton ! Tu ne sais même pas qui elle est, alors renseigne toi avant de rire. Tu crois que c'est parce que je l'aime que je suis avec elle, avec la tête qu'elle a ???
Le sourire encore aux lèvres, Robinton regarda son frère et lui demanda :
-Et bien dis nous ! Qui est donc cette beauté presque blonde ???
- Elle s'appelle Lewanda VanDeerk.

Le chantage de Sebell - Sauvetage de l'Orlithe C.

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-Lewanda VanDeerk, reprit Robinton, toujours riant. "Oui, c'est sûr, je suis tout à fait calmé là, figure toi que j'ignore qui est cette baronne VanBeurk.
-VanDeerk, répliqua Sebell d'un ton plat. Si tu étais un peu mieux renseigné sur nos adversaires, tu saurais qui elle est.
-Lewanda, la maman de Mortim !! S'exclama soudain Menolly "Mais Sebell, que veux tu faire d'elle?"
-Ah, répondit Sebell pendant que Robinton, l'œil rond, essayait de comprendre. "Voilà une petite qui est intelligente et bien renseignée. Dis lui donc qui elle est, à ce grand nigaud."
-Et bien, reprit Menolly, Lewanda VanDeerk s'appelle officiellement Lewanda Cross, tonton. Elle est la femme de Sentil.
Robinton pâlit et tenta de comprendre. Que pouvait faire Sebell avec cette femme moche comme ses pieds, épouse de l'ennemi de la famille, et en être si fier ? Finalement, il capitula :
-Explique-moi, Sebell, je ne vois pas où tu veux en venir.
-Et bien vois-tu, j'ai passé quelques nuits avec cette femme, nuits qui m'ont d'ailleurs coûté Karène. Mais je ne l'ai pas fait sans arrières pensées… Mon cher neveu Jancis guettait et a pris quelques photos compromettantes. Oh, ne râle pas comme ça, Robinton, ton fils est presque un homme.

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-Jancis, tu savais quelque chose ?" lui demanda avidement son père
-Non, répondit Sebell. Comme je n'étais sûr de rien, il a cru que c'était pour rendre une femme jalouse. En fait, je vais montrer ces clichés à Lewanda et je vais la menacer de tout raconter à son mari.
-Tu crois que ça va faire tant d'effet que ça ?
-Je pense oui, car il faut savoir que Lewanda est une femme très vénale. Elle n'a aucune fortune personnelle et a juste le mérite de s'être fait remarquer par Sentil que bien évidemment, elle n'aime pas. Et le plus intéressant, vois-tu, c'est qu'ils ont un contrat de mariage. Elle le trompe, il divorce et elle n'a rien. Ils ont âprement discuté le point du contrat de mariage, avec Sentil, mais lui n'en a jamais démordu. Il s'est réfugié sous des excuses en disant que c'était l'ordre du vieux Jommy. Pas de mariage sans contrat. Apparemment, elle n'avait même pas lu toutes les petites lettres, sinon, elle n'aurait jamais fini dans mon lit.
-Tu veux la faire chanter ???
-Oui, mais pas pour de l'argent. Soit elle fait ce que je veux et elle récupère les photos, soit c'est Sentil qui les a.
-Et on peut te demander ce que tu comptes réclamer ?
-Bien sur. Je veux qu'elle récupère, au manoir Cross que NOUS ne pouvons approcher, tous les titres, actions et parts de l'Orlithe Corporated qui nous appartiennent.

Oh là là, que mes enfants peuvent être brillants !! Orlithe Corporated, nous voici !

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Toute la famille s'occupa ensuite d'aider Sebell à organiser la vendetta de la famille Orlithe. Quoi que, c'est bien gentil, mais y'avait pas grand chose à faire, mon petit dernier ayant fait tout le boulot ou presque. Robinton ne se moquait plus de son frère, et semblait retrouver un regain de vitalité. Il s'était même excusé auprès de Sebell, se traitant de "nouille ingrate". Sebell organisa rapidement un rendez vous avec Lewanda pour exécuter le Plan. Celle-ci arriva toute froufroutante, à peine vêtue avec son espèce de mini robe transparente :
-Oh, mon roudoudou, que je suis contente de te revoir. Vite, vite, vite, emmène moi dans ton jacuzzi, mon vigoureux amant !
Bon, là je ne peux vraiment pas critiquer Robinton, Lessa, et les trois gamins qui devaient en souffrir tellement ils réprimaient leur rire. Mon roudoudou ? Non mais sans rire !
Sans sourciller, Sebell la prit par le bras et l'emmena dans le bureau de la maison.
-Mais que fais tu Sebellinou ? Pourquoi on ne sort pas ?
-On a des choses plus importantes à faire, Lewanda, aujourd'hui.
-Oh, y'a-t-il vraiment plus important ?

Beurk, beurk et beurk !! C'est un ton qui se voulait sexy, ça ?

Sebell indiqua le canapé à Lewanda et s'assit au bureau.
-Lewanda, je ne vais pas y aller par 4 chemins. Ce que je vais te dire ne va certainement pas te faire plaisir.
Lewanda ouvrit de grands yeux interrogateurs, l'air tout à fait attentive cette fois.
-Tiens, regarde ces photos. Je pense que tu reconnaîtras vite de quoi il s'agit.
-Mais, que… que… Qu'est ce que ça veut dire, Sebell ?
-Ça veut dire que ma famille veut récupérer son entreprise, et toutes les parts que ta famille nous a insidieusement récupérées. Un coup bas pour un coup bas, Lewanda ! Ou tu vas chez toi et tu récupères ce qui est à nous, ou Sentil recevra ces photos.
-Et qu'est-ce que ça peut me faire ? réplique Lewanda, tentant le bluff.
-Oh, ça, c'est toi qui voit… N'est-ce pas toi qui m'as parlé de ton "odieux contrat de mariage" ?
Furieuse, battue à plates coutures, Lewanda se leva et partit en claquant la porte.

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De divers endroits de la maison, des têtes réapparurent. Robinton s'approcha de Sebell :
-Tu crois que ça va marcher ?
-Mmmhh, je la connais, je pense qu'une fois qu'elle aura réfléchi, elle verra qu'elle n'a pas le choix.

Et il disait vrai !! Lewanda, sans même s'abaisser à demander l'aide des Orlithe, s'attela à la tache. Elle organisa soigneusement un vrai-faux cambriolage très sophistiqué à son propre domicile, au nez et à la barbe de son mari Sentil et de son fils Mortim (de ce que j'en sais, ils sortent du même moule ces deux là) et en profita pour récupérer tout ce qui nous appartient dans le coffre-fort de la maison. C'est que, quand on la motive, la Lewanda, elle parvient à mobiliser plus d'intelligence qu'elle n'a l'air d'en posséder; Vous me direz, c'est pas comme si elle avait tout à perdre !


Les titres et les actions, ça c'était du gâteau, il suffisait de les reprendre dans le coffre familial. Les parts, par contre, il y avait une manœuvre informatique et bancaire à faire pour faire disparaître les traces de leur propriétaire. Mais il semblerait que Lewanda s'en soit correctement sortie, avec l'aide d'un banquier proche de la famille, qui, semble-t-il, partage également le lit de la dame.

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Lewanda vient de passer à la maison tout nous rendre, et ce fut l'explosion de joie. Vite, vite, ils ont couru dans tous les sens pour tout remettre en ordre, et récupérer l'intégralité de ce que Jommy nous avait dérobé par la ruse.
Malheureusement, toute cette excitation fut de trop pour mon pauvre Robinton. Son cœur affaibli a lâché, et le voilà maintenant parmi nous. Viens Jacques, on va l'accueillir comme il faut et lui faire un peu de place.
L'avantage, toujours, c'est qu'il est mort heureux, dans une pièce qu'il affectionne particulièrement, son garage à répèt'. Tiens, d'ailleurs, maintenant que je regarde, y'a jamais eu autant de monde dans cette pièce. Evidemment, Sebell est encore en train d'essayer d'attirer l'attention des Hulas. Je crois que depuis Marilène, les gens de cette famille ont bien moins de respect pour les morts qu'on considère presque vivants encore !
Heureusement, tous les titres de l'Orlithe Corporated que nous venons de récupérer ont été mis, par sécurité, au nom d'un des descendants Orlithe. Quiconque s'appelant ainsi aura donc droit à siéger au conseil d'administration. Malheur, qui va donc prendre en charge la société ?

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A priori, on va dire que ça ne sera pas Lessa. Elle est enceinte jusqu'au cou de son Boris et pleure matin, midi et soir. Le matin, c'est pour Robinton, le midi parce que Boris, comme le précédent, s'est fait la malle, et le soir parce que cette fois-là encore, elle ne voulait pas cet enfant. Bon, là, elle a une bonne excuse. A son âge, moi, je devais déjà être ménopausée. C'est pas bien prudent d'avoir des enfants si vieux… Espérons que ça se passera bien !

Solution n° 2 : Sebell. Malheureusement, entre le lancement des HippopoSimus et sa libido déchaînée, je doute qu'il ait le temps de s'en occuper…

Solution n°3 : ben y'a plus personne… On va pas demander à Jancis de s'en occuper, lui, il faut qu'il aille à la fac faire ses études d'économie. Même si cet héritage ne le rend pas fou de joie, il sait que c'est lui le futur Orlithe à poser ses fesses sur le meilleur siège du conseil d'administration. Et il le vit assez bien. Disons que professionnellement, il n'a pas vraiment d'ambition. Par contre, qu'est-ce qu'il est coureur lui aussi ! Pourvu que ça change !

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Ah ben voilà, ils l'ont trouvé, la solution numéro 4. Moi, je trouve que c'est un peu abusé quand même, on va pas leur pourrir la vie éternellement. Et puis moi, j'aimerais bien quand même qu'un Orlithe se pose sur ce fichu fauteuil de président, quand même ! Depuis combien de temps on a pas vu ça ?
Enfin bon, j'arrête de m'énerver, après tout, appeler Lios à l'aide, c'est la seule solution qui restait… Lui, il était tout fou d'apprendre qu'on n'avait plus besoin de lui et s'était illico engagé dans la police pour réaliser son rêve (devenir Ultrasim… un genre de superman, me semble-t-il… très romantique pour les filles) et avait refilé les affaires courantes à Gallice. Mais, on va dire que nos familles respectives ont toujours eu d'excellents rapports (bon, la vérité, c'est qu'on leur doit une fière chandelle, je sais). Donc Lios et Gallice ont été appelés au secours pour assurer l'intérim de PDG de l'Orlithe Corporated. Et ils ont accepté, heureusement pour nous. Gallice n'a pas caché que ça ne l'enchantait pas vraiment mais qu'elle le faisait car elle aurait une expérience de travail et que le nom de l'Orlithe commence à apporter une certaine renommée dans le milieu financier.

Vous avez peut-être remarqué, Lessa n'est plus enceinte ?

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Et oui, peut de temps après que Lios et Gallice nous ait (une fois de plus) filé un coup de main, on a fêté l'anniversaire d'une ravissant petite fille nommée Sharra. Evidemment, pas de trace du père aux anniversaire de la petite, pensez… ça serait dommage de faire plaisir à une petite fille. Humpf ! Le Boris, il a tout bonnement disparu. Sitôt qu'il a su que Lessa était enceinte, il a fait ses bagages et s'est tiré loin, loin, loin, laissant son école désorganisée et une petite fille sans papa.

En plus, elle est toute mignonne, cette petite, avec ses yeux bleus et sa peau café au lait (moi, j'y ai jamais rien compris à la génétique, alors me demandez pas de vous expliquer). Ça change des autres, on a tous une peau couleur cachet d'aspirine dans cette famille! Même Ménolly, et ça, ça m'inquiète beaucoup. Parce que, une fois qu'elle sera grande, imaginez qu'elle fasse des enfants avec un mari blanc, et que la couleur de peau de son père ressorte sur l'enfant ? Elle a pas fini d'avoir des soucis, la gamine. Alors que Sharra, avec sa couleur si chaude, n'aura normalement pas de surprise de ce côté là.

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Ah là là, en plus, ma petite Menolly, elle est toujours si tristounette. Autant être honnête, l'adolescence n'a rien arrangé de ses rapports avec sa mère, mais je trouve que Lessa n'y met pas du sien.
Elle aborde la dernière ligne droite de sa vie avec toute la bonne humeur du monde. Elle a réalisé ses deux rêves les plus fous : l'un, avoir lu tous les bouquins de la bibliothèque de Ruatho et donc pouvoir les ressortir de tête, l'autre, être une savante folle… Moi, je trouve que ça n'a pas beaucoup de sens. Sous prétexte qu'on lit beaucoup, on ne peut tout de même pas clamer à qui veut l'entendre "Je sais tout sur tout !". Personne ne sait tout sur tout, enfin ! Quant à savante folle, je vous laisse vous-même juger le nom de sa profession…
Enfin bref, le fait est qu'elle n'a plus grand chose à faire mis à part aller travailler et donc, à la maison, elle s'occupe beaucoup plus de Sharra qu'elle ne s'était occupée de Menolly. Et vas-y que je t'apprends à parler, à marcher, je l'ai même surprise un soir en train de faire des papouilles au bébé. Ma pauvre Menolly essaie désespérément de ne pas être jalouse de sa petite sœur, mais je crois qu'à sa place, je serai folle de rage.
En plus, Meer, avec qui elle est très complice, ainsi que Jancis, ne vont pas tarder à quitter la maison pour la fac. Je crois que l'idée de se retrouver avec seule avec un bébé qui ne sait toujours pas bien parler et deux croulants dont l'un passe son temps à pincer les fesses des filles et l'autre l'ignore soigneusement, n'est pas faite pour le rendre très heureuse…

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Et oui, pour Jancis et Meer, ce sont les dernières grandes vacances avant l'entrée à l'université. Avant sa mort, Robinton leur avait longuement parlé de l'association d'étudiants qu'il avait fondé là-bas, et de son souhait de revoir des Orlithe s'y installer. Oh, je ne pense pas que ça les embêtera beaucoup, Meer parle déjà longuement de ce qu'elle fera une fois qu'elle sera membre de l'association et Jancis préfère l'associations aux résidences étudiants. Pourquoi, me demanderez-vous ? C'est simple, en résidence, les chambres sont souvent trop petites pour mettre un lit à deux places…
Enfin, nous voilà à la fin de l'été, toutes les bêtises, les valises commencent à se fermer, les chambres à se vider petit à petit, et… les adieux à tous les copains à se faire. D'ailleurs, vous ne trouvez pas que notre jardinier regarde Meer bizarrement ? Elle lui a fait un rapide bisou sur la joue pour lui dire au revoir, mais ça n'a pas l'air de lui avoir suffit, à Léo… Humpf, et puis qu'est-ce qu'il fait dans la maison, d'abord ? Il me semble qu'il y a encore des haies à tailler autour de nos tombes ! Bougez pas, je m'en vais discrètement le décoller de Meer…

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Et nous y voilà. Menolly est seule à la maison avec une mère qui n'a d'yeux que pour sa sœur mais qui tente encore de la mener à la baguette, et Sebell qui rame pour courtiser les jeunettes (et les moins jeunes) du quartier.  Bien sur, Menolly n'a qu'une hâte, c'est quitter la maison rapidement et entrer en fac. Elle veut surtout parcourir le monde pour voir Lessa le moins possible. Donc, malgré les mises en garde de sa mère, elle utilise cette drôle de casquette pour apprendre plus vite alors qu'elle est très fatiguée (apparemment, il n'est plus question d'aider les enfants à s'en sortir ; chaque sou avec lequel ils partent, c'est eux qui l'ont gagné… Humpf) et forcément, elle s'évanouit. Pour gagner du temps, elle mange n'importe quoi, essentiellement des pizzas d'ailleurs, et forcément, c'est le drame.
Première enfant de la famille à avoir une éruption de cratères sur le visage, elle en a passé du temps devant le miroir à hurler et à maudire son père qu'elle soupçonne d'avoir la peau grasse. Lessa est revenue de la pharmacie avec du Bioctol et le lui a lancé dans les bras en l'enjoignant d'arrêter de se plaindre cinq minutes, qu'il y avait des choses plus graves dans la vie. Et là, forcément, crise de larme, imprécations contre sa mère, et fuite dans sa chambre, avec en prime un claquage de porte qui a fait trembler la maison. Elle ne se rend pas compte Lessa, à cet âge là, elle s'en foutait, mais la pauvre petite souffre de ne pas avoir de petit copain. Elle est si romantique…

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Pour Jancis et Meer, la fac, c'est pacha et compagnie. Ils ont respecté les règles du jeu de l'association et se sont d'abord installés dans une résidence pour étudiants (c'est rigolo, ils y ont retrouvé une ancienne copine, une certaine Irène Lamy), avant de contacter ceux qui tiennent l'association pour en faire partie. J'ai pas tout bien compris, il paraît qu'il faut faire certaines choses pour être accepté, mais je ne me fais pas de soucis, ils y arriveront bien ! Côté notes, Jancis a du recevoir des conseils de son père, et même les mettre à sa sauce. Soyons honnêtes, Robinton faisait beaucoup de lèche à ses profs. Et vas-y que je t'admire, que je te demande des cours de soutien, que je te fais danser… etc etc. Jancis fait pareil, et plus encore. Le stade "danser", c'est du pipi de chat. Autant mettre directement ses profs dans son lit, c'est bon pour son moral, et ça fait gagner des points sur la note de l'examen final… Ah là là, c'est qu'il a bien retenu les leçons de tonton Sebell, le gamin : "commence par draguer et flatter, et puis n'embrasse jamais langoureusement avant d'être sur des sentiments de l'autre, sinon, c'est le râteau assuré…". J'ai même l'impression que Jancis s'y prend mieux que son oncle, en quelques semestres de vie universitaire, il est en train de battre le record de conquêtes de son oncle.

Meer observe tout ça d'un air amusé et en profite pour faire copain-copain avec les conquêtes de son frère. Jusqu'ici, sa peau verte ne lui a pas posé de problèmes, et c'est tant mieux ! Elle couvre toujours son frère quand Tata Glaçon fait des raids surprises à la fac pour voir comment les rejetons de Robinton s'en sortent…

Les ennuis de Sebell

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Je vous ai dit que Jancis et Meer avait retrouvé une ancienne copine en résidence, une certaine Irène Lamy. Et bien, un jour que Sebell venait faire un coucou aux enfants (et probablement voir si son neveu ne l'avait pas pris de vitesse question conquête), il a croisé Irène, qui était vraiment très contente de le retrouver. Et oui, ils se connaissaient, elle traînait pas mal à la maison et du coup, elle avait sympathisé avec tout le monde. Une fille très gentille, cette Irène, d'ailleurs, il n'y a qu'à voir l'entrain avec lequel elle accueille ce vieux dragueur alors qu'elle n'en a probablement rien à faire… Bon, enfin, Sebell est allé voir les enfants, enfin, je suppose, moi j'étais retournée à la maison, parce que bon, c'est pas fatiguant d'être un fantôme, mais le voyage de retour est long, tout de même.Les mois qui ont suivi, Jacques et moi, on a eu drôlement peur pour Sebell, il a eu l'air tellement abattu… Il disparaissait de la maison des heures entière sans qu'on sache où il était, et se faisait copieusement crier dessus par Lessa quand il rentrait à point d'heure. On a eu très peur de faire le recoupement quand Jancis nous a appris qu'Irène avait précipitamment arrêté ses études à cause d'un début de grossesse. Humpf, il va falloir tirer ça au clair. Jacques est sur le coup, dès que Sebell s'en va, il le suit.

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Jacques a suivi Sebell à travers Ruatho jusqu'à une zone marécageuse inhabitée située pas très loin de chez nous. Enfin, inhabitée, c'est ce qu'on croyait. Perchée au-dessus d'un marécage, Jacques a découvert une maison sur pilotis. Enfin, un maison… Une cabane tout en bois qui doit être infestée de moustiques. C'est à peine salubre, et tout fantôme qu'il est, Jacques a du se forcer pour aller voir de plus près. Et dès son arrivée là-bas, nos pires craintes se sont confirmées. Une jeune fille est sortie de la maison et s'est jetée sur Sebell pour l'embrasser. Evidemment, cette jeune fille, c'est Irène Lamy. Elle a l'air très amoureuse, alors que Sebell a l'air super gêné. Et surtout, elle n'a pas du tout l'air enceinte. Oh là là, ne me dites pas qu'un bébé vit dans cet endroit sordide !!!


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Et si ! Et le pire, c'est qu'il n'y a pas UN, mais DEUX bébés qui vivent ici. Des jumeaux… Et à voir leur tête, l'identité du père ne fait aucun doute… Sebell, qui jurait ses grands dieux que ça ne lui arriverait jamais, vient de goûter aux joies de la paternité…
Oh mon dieu, qu'il a l'air godiche, les bras ballants, à ne pas savoir quoi faire de ses mains, alors qu'Irène n'arrête pas de s'agiter pour faire manger l'un pendant que l'autre est suspendu à ses basques. Et par-dessus ça, ils sont en train de se disputer. Et vu l'air désappointé de chacun, ça n'est pas la première édition de la dispute.

-Mais enfin Irène, dès que tu m'as annoncée que tu étais enceinte, je t'ai dit que je n'en voulais pas de ces enfants, moi ! Si j'en avais voulu, je les aurais fait plus tôt, tout de même…
-Oui oui je sais, répondit amèrement Irène, et en plus, sûrement avec quelqu'un que tu aimes vraiment…
-Oh, arrête de remettre ça sur le tapis, tu sais que je t'apprécie beaucoup…
-Oui oui, je sais tout ça, tu me l'as suffisamment répété
-Mais enfin, je suis trop vieux pour être papa, trop vieux pour aimer une jeune femme ! C'est irréaliste, Irène !
-Ça, c'est ton point de vue, Sebell, siffla-t-elle.

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Leur discussion a continué un moment comme ça, Sebell à l'air complètement perdu. Oh là là, mais dans quoi il s'est laissé embarquer ! Apparemment, Irène s'est laissée charmer par son côté mature, après tout, il a de l'expérience en amour. Mais elle est tombée enceinte et a refusé d'avorter, voulant porter en son sein cet "enfant de l'amour" comme elle le dit. C'est dingue ça, il a pourtant été honnête avec elle, mais comme on dit, l'amour rend aveugle. Et ça rend sourd aussi, il semblerait.

En plus, Irène est terriblement fière, Sebell voudrait au moins l'aider financièrement pour qu'elle vive dans une maison meilleure, voire qu'elle emménage chez nous, mais elle refuse. Et les deux garçons sont obligés de vivre dans cette cabane perchée au dessus d'un marais ! Enfin, elle n'accepte pas d'argent pour elle, mais Jacques l'a vu prendre quelques billets qui serviront à acheter du lait et quelques choses de première nécessité pour des enfants en si bas age.
Mmmh, je me demande ce qu'en dira Lessa quand elle saura ça… oh, mais j'y pense, voici plusieurs mois que les petits sont nés, mais que personne (de vivant, bien sûr) dans le famille n'est au courant. Humpf, il ne va pas les garder secrets, quand même ces deux petits ? Remarquez, avec les noms qu'ils portent, ils vont passer inaperçus : Marc et Alain Lamy, y'a plus courant comme nom…


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Les deux petits ont passé avec succès leur "entretien" d'entrée dans l'association… Elle était tenue jusqu'ici par un irréductible de la vie universitaire, un certain Sasha Faure. Il est venu courir dans tous les sens dans la résidence où Jancis et Meer avaient élu domicile, et le but était de lui courir après pour pouvoir un peu discuter. Ah là là, pas facile… Enfin, bon, les deux ont déménagé dans l'association. Oh bien sur, c'est moins pratique, y'a plus de cuisinier, mais bon, quelle vie sociale exacerbée! Y'a qu'à voir le nombre de gens qui ont défilé dans le lit de Jancis…

Par contre une histoire beaucoup plus romantique vient de démarrer. Léo (notre jardinier) est passé voir Meer un soir. Il brûlait de lui déclarer ce qui le consume depuis qu'elle quitté la maison… Il est amoureux d'elle. Foin de peau verte, il l'a vu grandir (bon, l'adolescence seulement, il a quoi, une dizaine d'année de plus qu'elle ?) et a senti ses sentiments enfler jour après jour. Jusqu'à ce que son absence devienne insupportable, et qu'il soit indispensable de déclarer sa flamme.

Meer a d'abord été surprise, jamais elle n'avait envisagé "son grand ami" Léo sous cet angle là… Mais, avec le temps, il semble que ses sentiments à elle se soient aussi révélés…

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Leurs trois premières années universitaires se sont écoulées paisiblement, rythmées par le va-et-vient des conquêtes de Jancis, et l'amour grandissant de Meer pour Léo. Jancis, comme prévu, étudiait l'économie, mais le faisait plus ou moins sérieusement (nombre de ses conquêtes se sont retrouvées à lui faire ses dissertations, persuadées par son charme), alors que Meer avait choisi le théâtre. Elle avait fait partie d'une troupe au lycée, qui avait eu son petit succès (à l'échelle de la ville) qui lui avait donné envie de continuer dans cette voie.

Mais comme leur formation va bientôt se terminer, il a fallu penser à assurer la relève et à choisir qui tiendra la boutique jusqu'à l'arrivée prochaine de Menolly dans cette association. Jancis connaît à peu près tout le campus maintenant, c'est donc lui qui a recruté (ben oui, Sasha s'est fait mettre dehors du campus, au bout de tout ce temps quand même). Et sur qui c'est tombé ? Sur une de ses premières amourettes d'adolescents, mademoiselle Sophie Miguel. Il a fallu la prier un peu mais bon, personne ne résiste à Jancis…
Je me demande quand même si c'était une bonne idée… Elle passe son temps à faire des blagues débiles et à aller faucher des meubles dans les autres associations, je ne sais pas s'ils vont se faire beaucoup apprécier…

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Quant à Sebell, la retraite est plutôt toute rose pour lui… Les Hipoposimus marchent bien maintenant, et plein de monde se bat au portillon pour prendre la suite. Il suit donc de loin la gestion de sa chaîne mais s'est recentré sur le premier restaurant qu'il avait créé, pour lui faire gagner des étoiles au guide Simelin. Et ça marche ! Le voilà un restaurateur connu dans notre petit comté de Ruatho (si si, ça commence à se peupler tout de même !) et c'était son désir le plus cher…

Quant aux conquêtes, suite à sa "mésaventure" avec Irène, il chasse sur des terrains plus sûrs. Au moins, avec la nounou, avant qu'elle lui apprenne qu'elle est enceinte !!

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Quant à sa "mésaventure"… Humpf, il n'en a parlé à personne. Seul Lios est au courant car il passait dans le coin un jour où Sebell sortait de chez Irène. En voyant sa tête, Lios l'a cuisiné jusqu'à connaître le fin mot de l'histoire. Quand il a compris que Sebell lui donnait de l'argent, Lios est vite monté voir Irène pour tirer l'histoire au clair… Il avait peur qu'elle lui extorque de l'argent sous le prétexte des enfants…

La discussion fut houleuse car il semblerait que Lios n'ait pas pris de pincettes pour lui dire ça, et Irène fut outrée de savoir qu'on pouvait la suspecter d'en vouloir à l'argent des Orlithe. Comme elle l'a dit à Lios, tout ce qu'elle aurait voulu, c'est élever ses enfants avec Sebell, mais visiblement, c'est LA chose qui lui sera refusée.

Lios s'est donc excusé. De toute façon, en voyant l'endroit dans lequel vivent les enfants, il a bien compris qu'Irène n'acceptait que le strict minimum…

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Oh ben dites donc ! Qu'est ce que ça veut dire ça ? Je savais bien que la petite suivait le chemin tracé par son oncle et de son cousin, mais à ce point! Boh, je suppose que c'est le désespoir qui la guette… Parce que il faut dire que Menolly est loin d'avoir le coup de main de Jancis pour charmer les gens. Elle serait plutôt du genre à se prendre des râteaux à tout va avec les jeunes du quartier. Ou alors, c'est qu'ils sont très farouches… enfin bon, il semble que le seul garçon qui ait accepté de sortir avec elle ne soit autre que Mortim, le fils de Sentil. L'Ennemi, autrement dit. Et à voir la fougue avec laquelle elle lui saute dessus, je ne crois pas que ce soit une ré-édition des exploits de Sebell avec la mère de Mortim.

Ah, ben tiens, pas folle la mouche, tout de même… Je viens de faire le tour de la maison et c'est plutôt désert… Menolly n'a pas pris le risque de se faire piquer par un quelconque Orlithe en train de fraterniser avec l'ennemi. Et puis, je vois pas ce qu'elle lui trouve, il a été obligé de se laisser pousser le bouc pour cacher le fait qu'il est aussi moche que sa mère…

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Ben dites donc, pour une savante folle, moi je trouve que Lessa perd un peu les pédales… Elle a une santé de fer, on pourrait croire qu'elle va enterrer toute la famille, mais côté ciboulot, ça tourne pas bien rond. Lors de l'une de ses expériences, elle a appuyé sur le mauvais bouton et a fait exploser la moitié de la ville. Bon, certes, elle travaille dans le quartier industriel de Ruatho, il n'y avait personne, donc elle n'a tué personne, mais elle a quand même mis au chômage une bonne partie des Ruathons. Alors elle s'en veut, mais elle s'en veut ! J'ai l'impression qu'elle ne fait que pleurer, ces temps-ci. Elle a quand même donné des sous à la ville pour aider à reconstruire, mais du coup, elle culpabilise d'avoir amputé notre magot familial, alors elle s'est mis dans la tête d'utiliser la machine à faux simflouz qu'avait installé Robinton dans sa chambre. Et quand on ne sait pas s'en servir, et d'une, on fait débarquer les flics qui ont détecté cette activité illégale, et de deux, on fait débarquer les pompiers parce que la machine a pris feu d'avoir fonctionné trop longtemps. Moralité : elle pleure, mais elle pleure ! Toute la journée sans arrêt ! Oh, là, faut se ressaisir, un peu !

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Alors bien sûr, elle se réconforte comme elle peut… en faisant des petits câlins à Sharra et au passage en oubliant totalement qu'elle a une autre fille. Je ne sais pas, peut-être croit-elle que Menolly ne se rend compte de rien, mais les deux filles dorment tout de même dans la même chambre ! Menolly ne dort jamais que d'un œil, mais ça, obnubilée comme elle est par Sharra, Lessa ne le voit pas… et continue d'ignorer Menolly.

La pauvre gamine, moi, ça me fend le cœur, on l'entend pleurer sous les couvertures quand elle est sure de n'être pas entendue. Elle fait désormais tout ce qu'elle peut pour accumuler des bourses pour partir de la maison, mais je ne sais pas si elle tiendra longtemps. On la sent si malheureuse, elle traine toute la journée, elle disparaît des heures entières, et personne ne sait où elle file. Enfin, moi je suppose qu'elle file chez les Cross pour voir Mortim, mais j'aimerais autant que Lessa se reprenne et discute avec Menolly. Il faudrait peut être que quelqu'un lui dise qu'ils ont un ancêtre commun ces deux là !

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